Moto GP
Publié le 23 septembre 2026 • 06:30 par André Lecondé

MotoGP, Lorenzo voit un « extraterrestre » en Acosta : « Cette KTM n’est pas censée gagner »

Lorenzo place Acosta parmi les « extraterrestres » après Spielberg : comme Stoner ou Marquez, il aurait gagné malgré sa moto.

Lorenzo

Pedro Acosta a enfin remporté son premier Grand Prix MotoGP, mais Jorge Lorenzo ne considère pas sa victoire autrichienne comme la simple conséquence logique d’un immense talent arrivé à maturité. Pour le triple champion du monde MotoGP, le plus impressionnant est la machine avec laquelle il l’a obtenue : « Cette moto n’est pas censée gagner. » Lorenzo place ainsi Acosta dans une catégorie rarissime, celle des pilotes capables de compenser un désavantage mécanique. Et il convoque deux références qui donnent la mesure du compliment : Casey Stoner et Marc Marquez.

Pedro Acosta avait déjà quinze podiums. Il avait déjà dominé des séances, mené des courses et démontré qu’il pouvait régulièrement placer sa KTM là où les autres RC16 n’arrivaient pas. Il lui manquait seulement la preuve ultime. Dimanche, au Red Bull Ring, elle est arrivée. Et Jorge Lorenzo estime que cette première victoire dit beaucoup plus sur le pilote que sur la moto.

« Cette moto n’est pas censée gagner »

Lorenzo emploie même un mot appartenant au vocabulaire historique du MotoGP. « Extraterrestre ». « Seuls les extraterrestres peuvent gagner avec un net désavantage mécanique, comme Pedro l’a fait, à l’instar de Marc avec Honda ou de Casey avec Ducati. » Puis vient cette phrase : « C’est comme un miracle, car cette moto n’est pas censée gagner. »

Évidemment, Lorenzo ne prétend pas sur DAZN que la RC16 est incapable techniquement de remporter une course. Acosta vient précisément de démontrer le contraire. Son raisonnement est comparatif : dans la hiérarchie actuelle, il considère KTM suffisamment en retrait sur Ducati et Aprilia pour qu’une victoire nécessite quelque chose d’exceptionnel de la part du pilote.

Les autres KTM renforcent son argument

Acosta n’est pas simplement le meilleur pilote KTM. Il évolue cette saison dans une autre dimension que les autres représentants de la marque. Enea Bastianini, Brad Binder, Maverick Viñales et Pol Espargaro n’ont jamais réussi à reproduire régulièrement ses performances.

Plus spectaculaire encore : Acosta a signé neuf des dix podiums obtenus par KTM cette saison en comptant les deux formats. Ce n’est donc pas seulement la victoire autrichienne qui interpelle Lorenzo. C’est l’écart entre ce que semble permettre la RC16 avec Acosta et ce qu’elle produit avec les autres.

Lorenzo pense forcément à Stoner

La comparaison avec Casey Stoner n’est pas nouvelle chez Lorenzo. Et elle n’est évidemment pas anodine. Lorsque Stoner dominait avec Ducati, les résultats des autres pilotes de la marque donnaient parfois l’impression qu’il pilotait une autre moto.

En 2007, année de son premier titre, l’Australien était le seul pilote Ducati parmi les six premiers du championnat. L’année suivante, lorsqu’il termina vice-champion, aucune autre Ducati ne figurait même parmi les douze premiers.

Stoner ne démontrait donc pas nécessairement que sa moto était facile ou globalement supérieure. Il démontrait ce que lui pouvait en faire. C’est ce phénomène que Lorenzo croit reconnaître chez Acosta.

Lorenzo

Et forcément, Lorenzo pense aussi à Marquez

L’autre référence est Marc Marquez. Chez Honda, certaines de ses saisons avaient produit le même paradoxe. Une machine devenait extrêmement difficile à évaluer parce qu’un pilote continuait à obtenir avec elle des résultats que ses coéquipiers étaient incapables d’approcher. Lorenzo connaît d’ailleurs particulièrement bien cette situation pour avoir lui-même rejoint Honda en 2019.

C’est donc moins le palmarès actuel d’Acosta qu’il compare à ceux de Stoner et Marquez que sa capacité à déplacer artificiellement la perception du potentiel d’une moto. Et c’est précisément ce qui complique l’évaluation de KTM.

Acosta rend-il la KTM meilleure qu’elle ne l’est ?

Pendant longtemps, on s’est demandé pourquoi KTM ne réussissait pas à donner à Acosta une moto capable de gagner. Spielberg pourrait provoquer une interrogation différente : Acosta a-t-il fini par gagner parce que KTM possède désormais une moto gagnante, ou parce qu’il est devenu suffisamment fort pour gagner avec une moto qui ne l’est toujours pas vraiment ?

Lorenzo choisit clairement la deuxième réponse. Et la victoire autrichienne lui fournit un argument supplémentaire : Acosta est le seul pilote ne disposant ni d’une Ducati ni d’une Aprilia à avoir remporté un Grand Prix cette saison.

Il faut même remonter à la victoire d’Alex Rins avec Honda à Austin en 2023 pour retrouver un succès sur le sec d’une moto non italienne. Spielberg change donc davantage le statut d’Acosta que celui de KTM.

KTM peut évidemment célébrer. La marque attendait cette victoire depuis quatre ans et n’avait plus gagné sur le sec depuis encore plus longtemps. Mais Lorenzo invite presque à ne pas tirer la mauvaise conclusion du résultat. Une victoire ne signifie pas automatiquement que la RC16 est devenue la meilleure moto. Elle peut également signifier qu’un pilote vient d’accomplir quelque chose que cette moto ne semblait pas permettre.

Et c’est peut-être le compliment ultime adressé à Acosta. Après quinze podiums sans victoire, il ne lui manquait plus qu’un résultat capable de transformer les comparaisons flatteuses en argument concret. Spielberg le lui a offert. Jorge Lorenzo peut désormais prononcer le mot réservé aux Stoner et Marquez : « extraterrestre ». Non parce qu’Acosta a enfin gagné, mais parce que, selon lui, il vient de gagner avec une moto qui ne devait pas pouvoir le faire.

Lorenzo