Marc Marquez reste capable de gagner et de se battre pour un dixième titre mondial. Mais derrière cette compétitivité retrouvée se cache une réalité beaucoup moins rassurante : à 33 ans, l’Espagnol sait désormais que son corps pourrait décider à sa place de la date de sa retraite. Après un difficile Grand Prix de Grande-Bretagne, le pilote Ducati reconnaît que les séquelles de ses nombreuses blessures deviennent progressivement plus lourdes à gérer.
Silverstone a peut-être montré quelque chose de plus important qu’un simple mauvais week-end de Marc Marquez. Avant la pause estivale, l’Espagnol semblait encore capable de compenser une partie des difficultés de Ducati par son talent. Mais en Grande-Bretagne, le numéro 93 a dû composer avec deux problèmes simultanément : la forte dégradation du pneu arrière de la Desmosedici et surtout les limites de son bras droit.
Marquez a reconnu avoir rencontré des difficultés à le contrôler durant le Grand Prix. Et cette fois, le sujet dépasse largement les performances de la Ducati.
Marc Marquez : « Chaque année, la douleur s’intensifie »
Dans une interview accordée au quotidien britannique The i Paper, Marquez a expliqué très clairement ce que représente désormais son état physique. « J’ai certaines limitations, mais heureusement, je peux adapter mon style de pilotage et rester compétitif pour le moment. Pas autant que je le souhaiterais, car je sens que je peux faire mieux, mais suffisamment pour me battre pour les premières places. »
Le « pour le moment » prend ici toute son importance. Car lorsqu’il évoque son avenir, Marquez ne cache plus que la fin de sa carrière pourrait être déterminée par son état physique. « Si ma condition physique me le permet, j’aimerais continuer. Mais je ne serai ni le premier ni le dernier athlète à mettre un terme à sa carrière pour raisons de santé. »
Puis vient la phrase la plus préoccupante : « Je pense que cela arrivera tôt ou tard, car j’ai eu tellement de blessures et chaque année la douleur s’intensifie. Mais pour le moment, je peux gérer. »
Marc Marquez possède encore un contrat couvrant les saisons 2027 et 2028. Il ne fixe donc aucune date de retraite. Mais il pose désormais une condition très claire : son corps devra lui permettre d’aller jusque-là.
Les conséquences de ses blessures dépassent depuis longtemps le cadre du MotoGP. La fracture de l’humérus droit subie à Jerez en 2020 a entraîné une succession d’opérations et une longue reconstruction physique. Une nouvelle blessure en Indonésie en 2025 est venue fragiliser encore davantage cette partie du corps.
Marc Marquez explique pouvoir mener une vie relativement normale, mais uniquement au prix d’une attention permanente. Il doit régulièrement consulter son kinésithérapeute et surveiller jusqu’à sa position lorsqu’il dort : côté gauche ou sur le dos. Pour son entrainement, il privilégie désormais le cyclisme, qui fait partie de sa préparation physique, et des activités nettement moins dangereuses. Lorsqu’il lui reste du temps, le champion espagnol reconnaît même volontiers jouer à Call of Duty: Warzone sur PlayStation avec ses amis…
Silverstone devient alors beaucoup plus inquiétant
Ces déclarations donnent une autre lecture aux difficultés rencontrées lors du dernier Grand Prix.
Car une mauvaise performance provoquée par une Ducati mal adaptée à Silverstone n’aurait rien de particulièrement alarmant. Une difficulté provenant du corps du pilote l’est davantage.
Marquez reste quatrième du championnat, à seulement 40 points de Jorge Martin, et la prochaine manche se disputera à Aragon, l’un de ses circuits de prédilection. Il reste donc parfaitement dans la course au titre. Mais son principal adversaire n’est peut-être plus seulement Martín, Bezzecchi, Ogura ou l’Aprilia. C’est aussi son propre corps.

Et derrière Marc Marquez apparaît déjà Pedro Acosta
Cette question prend une dimension supplémentaire avec la composition de l’équipe Ducati 2027. Pedro Acosta rejoindra Marquez dans le box officiel. Et lorsqu’on lui demande quel pilote pourrait incarner la prochaine génération du MotoGP, Marquez cite spontanément son futur coéquipier.
« Le pilote qui court actuellement en MotoGP et qui a le talent pour mener la nouvelle génération, c’est Pedro Acosta. Il a dix ou onze ans de moins que moi et il est extrêmement talentueux. » Marquez évoque également David Alonso, Brian Uriarte et Maximo Quiles parmi les jeunes talents susceptibles de représenter l’avenir.
Mais il refuse pour autant d’organiser lui-même sa succession. Et il le fait avec une formule qui ressemble presque à un avertissement adressé à cette nouvelle génération : « Pour l’instant, à 33 ans, je les surpasse encore. »
Ducati 2027 : coéquipier ou successeur ?
C’est ce qui rend le futur duo Marquez-Acosta si particulier. Ducati n’associera pas simplement deux des pilotes les plus talentueux de deux générations différentes. Elle pourrait réunir le présent et l’avenir du MotoGP.
Acosta disposera du temps, de la jeunesse et d’un contrat pluriannuel. Marquez possédera l’expérience, neuf titres mondiaux et cette capacité toujours extraordinaire à faire la différence lorsque son physique le lui permet.
La question ne consiste donc plus seulement à savoir lequel sera le plus rapide. Elle pourrait progressivement devenir : combien de temps Marc Marquez pourra-t-il encore l’être ? À Silverstone, son bras droit lui a rappelé brutalement que cette question n’est plus théorique. Et Marquez lui-même ne cherche désormais plus à l’éluder.










