Moto GP
Publié le 17 août 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP – Yamaha a déjà sacrifié 2026… et aurait roulé avec un moteur « quasi 850 cc » à Silverstone

Yamaha aurait testé à Silverstone une configuration du V4 proche du futur bloc 850 cc avec Augusto Fernandez.

Augusto Fernandez Misano Yamaha

Yamaha semble avoir sacrifié sa saison 2026. Fabio Quartararo en a payé le prix, la M1 n’évolue pratiquement plus et le constructeur japonais végète au fond de la hiérarchie. Mais Silverstone apporte un élément qui permet de regarder cette débâcle autrement : la moto confiée à Augusto Fernandez aurait été beaucoup plus proche du projet 850 cc de 2027 que des Yamaha habituelles. Autrement dit, Iwata ne chercherait déjà plus vraiment à sauver 2026. Il utiliserait ce qui reste de la saison pour préparer sa révolution.

À première vue, la stratégie de Yamaha ressemble presque à un abandon. Le constructeur n’a plus gagné un Grand Prix depuis 2022, Fabio Quartararo a décidé de rejoindre Honda et le passage précipité du quatre cylindres en ligne au V4 n’a pas provoqué le redressement espéré. Pire : la M1 évolue peu.

Dans une saison où Aprilia et Ducati se disputent les victoires, Yamaha donne parfois l’impression d’avoir accepté sa place avant même la fin du championnat. Mais il existe désormais une autre lecture. Et si Yamaha avait effectivement abandonné 2026, mais pour acheter du temps sur 2027 ?

Augusto Fernandez ne roulait peut-être déjà plus vraiment avec la Yamaha 2026

C’est l’élément le plus intrigant apparu à Silverstone. Selon SPEEDWEEK, la machine utilisée par le pilote d’essai Augusto Fernandez aurait été « nettement plus proche » du concept 850 cc développé pour 2027 que les M1 utilisées par les pilotes titulaires.

Attention à la nuance : cela ne signifie pas nécessairement que Yamaha aurait engagé clandestinement son véritable moteur 850 cc dans un Grand Prix disputé sous la réglementation actuelle. Il s’agirait plutôt d’un V4 de 1 000 cc utilisant des solutions techniques et une architecture de développement destinées à nourrir le futur projet 850. Et cela change complètement la signification de la présence de Fernandez.

Sa moto ne servirait plus seulement à améliorer celle de Quartararo, Jack Miller ou Toprak Razgatlioglu. Elle pourrait devenir un laboratoire grandeur nature. Yamaha utiliserait ainsi les week-ends de Grand Prix pour apprendre comment doit fonctionner sa prochaine génération de MotoGP.

Le V4 1000 cc n’aurait alors jamais été une véritable finalité

C’est probablement le point essentiel. Pendant des années, Yamaha a défendu son quatre cylindres en ligne alors que Ducati, Honda, KTM et Aprilia exploitaient le V4. Lorsque le constructeur japonais a finalement changé de philosophie, il était déjà très tard.

Développer un V4 de 1 000 cc extrêmement sophistiqué pour seulement une saison avant de devoir passer à 850 cc aurait alors nécessité énormément de ressources pour une technologie presque immédiatement obsolète.

Yamaha semble avoir choisi l’autre solution. Accepter une mauvaise année 2026 pour transformer son premier V4 en étape intermédiaire vers 2027. Sportivement, c’est douloureux. Industriellement, cela peut se défendre. Et le départ de Quartararo constitue probablement le prix le plus élevé payé pour cette stratégie.

Yamaha

Yamaha joue une partie que Quartararo ne pouvait plus attendre

Fabio Quartararo avait besoin d’une moto capable de gagner maintenant. Yamaha lui demandait implicitement de patienter encore. Après plusieurs saisons difficiles, le Français a choisi Honda.

Le paradoxe est donc cruel : Yamaha pourrait éventuellement récolter en 2027 les fruits d’une stratégie dont son meilleur pilote historique de l’ère récente aura supporté les années les plus ingrates.

Mais Iwata a déjà trouvé ses remplaçants. Et pas n’importe lesquels. Jorge Martin et Ai Ogura arriveront précisément au moment où les cartes techniques seront entièrement redistribuées. Martin abandonnera une Aprilia actuellement dominante. Ogura quittera TrackHouse et la même RS-GP.

Leur pari n’a donc de sens que s’ils croient, eux aussi, que la Yamaha 2027 n’aura plus grand-chose à voir avec celle qu’ils voient aujourd’hui. Mais attention : Yamaha n’est pas forcément en avance. SPEEDWEEK estime Yamaha extrêmement avancé dans la réflexion autour de son 850 cc, Max Bartolini travaillant sur le projet depuis près d’un an.

Pourtant, les premiers essais montrent également les limites de cette avance supposée. À Brno, Yamaha n’aurait disposé que de deux moteurs 850 cc, installés dans un châssis dérivé de la M1 actuelle. Pendant ce temps, Ducati et Aprilia travaillaient déjà avec des prototypes intégrant plus largement les contraintes techniques de 2027, notamment la nouvelle aérodynamique.

Il faut donc distinguer deux choses. Yamaha peut avoir commencé très tôt à développer son moteur tout en étant moins avancé dans la conception de la moto complète. Et une MotoGP ne se résume évidemment pas à son moteur.

2027 sera le véritable jugement de la stratégie Yamaha

La révolution réglementaire est suffisamment importante pour justifier le pari. Les moteurs passeront de 1 000 à 850 cc, l’aérodynamique sera réduite et les dispositifs de correction d’assiette disparaîtront. Les pneus Pirelli ajouteront encore une inconnue considérable.

Une partie des connaissances accumulées depuis des années par Ducati et Aprilia perdra donc mécaniquement de sa valeur. C’est précisément la fenêtre dont Yamaha a besoin. Le constructeur ne cherche peut-être plus à rattraper la meilleure Ducati ou la meilleure Aprilia de 2026. Il cherche à arriver avant elles sur la moto qui comptera en 2027.

Le prochain test Pirelli au Red Bull Ring donnera à ce titre une indication particulièrement intéressante. Si Yamaha y présente un prototype beaucoup plus abouti qu’à Brno, le scénario d’une saison volontairement transformée en laboratoire prendra encore davantage de consistance.

Car la véritable question n’est désormais plus de savoir pourquoi la Yamaha 2026 progresse si peu. Nous connaissons peut-être la réponse. La question est de savoir si Yamaha est réellement en train de sacrifier une saison… ou si elle a simplement sacrifié une saison sans garantie de récupérer quoi que ce soit en échange. C’est toute la différence entre une année perdue et un investissement.

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