Hervé Poncharal est à la fois surpris et très heureux de constater de quelle rapide façon s’acclimatent ses deux pilotes à la catégorie MotoGP. Déjà très solide hier, Jonas Folger a posé la cerise sur le gâteau en figurant dans le Top 3 durant la majeure partie de cette dernière séance d’essais en Australie, tandis que Johann Zarco a continué à aligner les tours au guidon de sa M1, ce qui sera sans doute une des clés de sa performance lors du premier Grand Prix de cette saison 2017 au Qatar.

Comme à notre habitude, nous avons recueilli les propos du team manager de l’équipe française Monster Yamaha Tech 3 après la séance d’essais.

Alors, Hervé, heureux ?

“Alors, je vous le disais déjà hier, j’avais peur d’être ennuyeux, et là je vais vous le redire encore plus, mais oui, oui, oui, on ne peut pas ne pas être heureux ! On ne peut qu’être heureux !

Les essais de Phillip Island sont toujours des essais compliqués, notamment l’année dernière. C’est aussi très onéreux pour des petits Teams comme nous et la météo y est souvent très difficile. Donc déjà, je pense que l’ensemble des acteurs qui étaient présents pendant ces trois jours est vraiment très très satisfait d’avoir eu des conditions qui ont permis de bien travailler. Parce que quand tu vas à l’autre bout du monde, et là-bas tu es vraiment aux antipodes, et que tu ne fais rien si ce n’est regarder la pluie tomber et le vent souffler, que tu roules dans des conditions où tu ne peux pas attaquer, en fait tu y vas pour rien, ou pire comme le pauvre Petrucci qui s’est cassé la main l’année dernière. Donc déjà, on est très très heureux d’avoir eu ces conditions très très favorables et c’est important sur un circuit atypique.

En tant que Tech3, bien sûr que l’on est content car personnellement je n’aurais jamais imaginé que, jusqu’à un quart d’heure de la fin de la séance de la dernière journée, Jonas Folger ferait le troisième temps. C’est quelque chose qui est au-delà de ce que l’on pouvait souhaiter, espérer et rêver ! C’est génial surtout que ça s’est fait pas uniquement en faisant craquer un temps, mais avec de bonnes simulations de course aussi, ce qui est toujours le point un petit peu compliqué à gérer pour les Rookies. On a fait une toute petite chute mais vraiment, la moto est à peine râpée. Il est parti pour faire une simulation de course et comme, jusqu’à présent, il avait beaucoup roulé dans des chronos très rapides sans le plein d’essence, il s’est fait piéger au tout début de sa simulation de course. Ses repères étaient valables pour sa moto en phase d’essais normaux, et quand il avait le réservoir plein, il a perdu l’avant très très doucement, mais ça n’a pas beaucoup entamé sa bonne volonté ni sa confiance, car il est revenu, a pris l’autre moto après qu’elle ait reçu des réglages châssis modifiés pour qu’il se sente plus à l’aise avec le réservoir plein, et il a fait une bonne dizaine de tours très rapides, toujours aussi confiant.

En fin de journée, il n’a pas joué le jeu de Pedrosa ou Rins à aller chercher les derniers dixièmes pour, potentiellement, améliorer encore un peu. Quand tu vois qu’il est à 9 millièmes de Pedrosa, peut-être que ça le faisait, en fin de journée, mais comme je vous l’ai dit hier; en fin de compte on est là, et on est content. Je ne vous cache pas que j’aurais préféré finir avec le troisième temps, parce que symboliquement, trois c’est le podium et la première ligne, mais là, aujourd’hui, ce n’est pas une course ni une séance qualif, donc c’est très très bien. Tout le monde n’est pas autant à la fête, parce que le grand Valentino a un peu pataugé, donc on est content car avec une moto qui est quand même une moto connue, c’est celle de l’année dernière chez Yamaha Factory, avec un jeune pilote comme Folger, on arrive à être là, que ce soit en rythme de course ou en tour le plus rapide. Je veux dire qu’en fin de journée, Pedrosa, Crutchlow et compagnie ont quand même poussé pour passer devant Folger, donc le chrono veut quand même dire quelque chose.

Donc super content et super heureux ! Ça me fait rire parce que, pendant que je vous parle, je reçois un message où il est écrit “Putain, tu es un génie ! “. Comme on dit souvent, et ça arrive plus souvent aux pilotes qu’aux Team managers, entre un zéro et un héros, la frontière est très très fine. Donc non, je ne suis pas un génie, mais je ne suis pas un idiot non plus, ce qui prouve que, parfois, il faut être capable d’analyser les performances d’un pilote à tête reposée, et pas se focaliser systématiquement sur une course voire même une saison, parce que sa saison 2016, on n’en a déjà parlé, a été un tout petit peu en dessous de ce que tout le monde, y compris bien sûr moi, pensait que Folger pourrait faire en Moto2. Et voilà… après, j’ai discuté avec Jonas et son équipe technique, et ça ne m’a pas fait penser que j’avais fait une erreur. Maintenant, encore une fois, je suis le premier surpris et je ne vous dis pas que je m’attendais à ce qu’il fasse ce qu’il est en train de faire pour l’instant. Ce ne sont que des essais, et encore une fois il faut garder la tête froide, et je ne pense pas que l’on se battra pour le podium au Grand Prix du Qatar. En tout cas, on progresse bien.

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Passons maintenant à Johann, et encore une fois, c’est sincère, ce n’est pas langue de bois, ce n’est pas du politiquement correct, ce n’est pas parce qu’on est obligé de dire du positif, mais je suis super content !
Et ce qui me rend heureux, c’est que comme hier soir, Johann est aussi content que moi. Et vous savez que c’est un perfectionniste, et pour que Johann soit positif, il faut vraiment que les choses fonctionnent bien parce qu’il ne se contente pas de choses qui ne le satisfont pas pleinement, et si ça ne va pas comme il veut, il n’est pas positif, il cogite et est un peu perturbé. Non, là, il a fait un super boulot sur un circuit sur lequel, on va se répéter et je préfère le dire encore, il n’a jamais été vraiment à l’aise, et là, il l’a quand même bien dompté et y a fait des chronos sympas puisqu’il était en 29.6 aujourd’hui.

Il a fait aussi une très belle série pendant sa simulation de course et on avait prévu qu’il arrête les essais un peu plus tôt que les autres car il avait des obligations et devait prendre l’avion. Il n’a donc pas cherché à faire claquer un temps, ce que, je pense, il aurait pu faire, mais non, il est parti en ayant accompli sa mission, totalement en forme après avoir fait beaucoup de tours. Donc on est vraiment content car ça fait maintenant quatre séances d’essais, si l’on prend les deux de novembre et les deux de février, et on a fait des circuits aussi différents que Valence, Sepang et Phillip Island. Il nous reste maintenant le Qatar et découvrir la nuit avec une MotoGP, mais ça valide quand même le fait que l’on est pas mal.
Maintenant je ne vais pas en dire plus car j’ai horreur des gens qui bombent le torse, et il vaut mieux faire que dire qu’on va faire, et on va donc attendre de faire. Mais l’équipe technique est très très heureuse, les Japonais sont contents, et c’est rare que l’équipe ferme les caisses avec l’état d’esprit qu’elle avait tout à l’heure dans le box.”

Au niveau du public français, on peut avoir l’impression que Jonas s’acclimate un petit peu plus vite à la M1 que Johann. Cela est-il vrai, et si oui, cela inquiète-t-il Johann ?

“Non, on ne peut pas dire que Jonas Folger s’acclimate plus vite que Johann Zarco. Il est plus rapidement dans le rythme, et ça, ça a toujours été. Je me souviens que, le vendredi matin en Moto2, Jonas était souvent dans les trois premiers temps, et puis après, parfois, ça plafonnait un peu. Par contre, on sait que Johann, et pour moi c’est un gros plus, c’est quelqu’un qui, comme je vous l’ai dit hier, est un peu ‘diesel’. Mais je n’aime pas ce terme car il a un côté un peu péjoratif ; c’est quelqu’un qui aime prendre ses marques, se chauffer, se sentir à l’aise et monter crescendo. On l’a aussi vu en course. Par exemple en Autriche cette année. On l’a vu longtemps, pas englué mais dans le groupe, et à un moment donné, sur les 30 derniers pour cent de la course, il a augmenté le rythme et est parti sans que personne ne puisse s’accrocher à lui.

Ce qui me bluffe chez Johann Zarco, c’est qu’il est capable, alors que c’est quand même un Rookie et que c’est la dernière marche, et peut-être la plus importante de sa carrière, de découvrir, apprendre et performer dans la catégorie MotoGP. Il arrive à travailler sans cette pression des médias et cette attente des fans. Et bien travailler. Lui, je peux vous dire qu’il n’a qu’un objectif : ce n’est pas faire craquer un temps un petit peu artificiel. Par exemple si vous regardez Rins, il a fait un super temps mais accroché derrière Vinales, et le tour d’après il est tombé. Je ne dis pas du mal de Rins et, au contraire, je ne dis que du bien de lui. Donc Johann n’est pas en train d’essayer d’impressionner à tout prix sur un tour. Lui, il est complètement, mais vraiment complètement, focalisé sur son objectif d’être le plus performant possible pour la course du Qatar. Même pas pour les essais qualif, pour la course du Qatar, et ensuite de l’Argentine, du Texas, etc. Il est en train de préparer sa saison, il n’est pas en train de faire craquer un chrono, ce qui serait excitant pour les médias, pour ses supporters et pour les sponsors, mais qui en fin de compte ne veut pas dire vraiment grand-chose. Aujourd’hui, je suis super heureux du chrono de Folger, mais ce n’est pas pour ça que je me dis que Folger sera devant Zarco au Qatar. Pas du tout. Rien, rien, rien ne permet de le dire. Johann a déjà une attitude de vieux briscard, c’est quelqu’un de très intelligent, il sait où il veut aller, il ne veut pas mettre la charrue avant les bœufs et il travaille, il travaille, il travaille. Et s’il a pris la décision de quitter le circuit un petit peu plus tôt que les autres, cela est la preuve d’une force mentale. Il n’est pas à la recherche d’une performance qui va le faire briller, mais qui ne sera que du brillant.”

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Là, l’équipe rentre à Bormes, satisfaite et sans trop de travail puisque vous n’avez pas les motos…

“Non, l’intégralité du fret MotoGP va maintenant prendre l’avion pour le Qatar, toutes les équipes techniques, dont Tech3, vont rentrer chacune à leur base, mais on est en train de passer le témoin à l’équipe Moto2 qui est en train de s’installer et qui roule demain et après-demain à Valence.”

Merci Hervé, et, pour info, nous couvrirons également ces essais Moto2…

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