Au milieu du gigantesque jeu de chaises musicales qui a animé le marché des transferts MotoGP pour 2027, une décision est presque passée inaperçue : Francesco Bagnaia a refusé un contrat nettement plus rémunérateur chez Yamaha pour rejoindre Aprilia. Un choix que Carlo Pernat considère comme la preuve que le double champion du monde a un objectif bien précis : prendre sa revanche sur Ducati et Marc Marquez.
Car derrière les chiffres et les contrats, cette décision raconte surtout la psychologie d’un champion blessé dans son orgueil sportif. Selon Carlo Pernat, Yamaha avait proposé à Bagnaia un contrat avoisinant les 5,5 millions d’euros par saison. Une offre particulièrement séduisante pour devenir la nouvelle figure de proue du constructeur japonais après le départ de Fabio Quartararo vers Honda.
Bagnaia aurait pourtant préféré accepter environ la moitié de cette somme chez Aprilia, complétée par un système de primes de résultats. Pour Pernat, ce choix ne laisse aucun doute : « Il a choisi une moto gagnante pour aller gagner. Pour prendre sa revanche sur Ducati et Marc Marquez. »
L’ancien manager italien va même plus loin en proposant une lecture assez brutale du marché MotoGP 2027. Selon lui, les pilotes se répartissent désormais en deux catégories exposées sur YouTube : ceux qui choisissent un projet sportif capable de gagner ; ceux qui choisissent avant tout le plus gros contrat. Son analyse peut sembler sévère, mais elle met en lumière un élément souvent oublié dans le sport de haut niveau : tous les champions ne sont pas motivés par les mêmes choses.

Pour Pernat, tous les champions ne sont pas motivés par les mêmes choses
À 30 ans, Francesco Bagnaia possède déjà deux titres mondiaux MotoGP, une situation financière extrêmement confortable et une place acquise parmi les grands pilotes italiens de sa génération. Le facteur financier n’est probablement plus celui qui détermine ses choix de carrière.
Bagnaia ne quitte pas Ducati après avoir simplement perdu son guidon. Il quitte surtout l’usine qui a préféré construire son avenir autour du duo Marc Marquez – Pedro Acosta. Pour un pilote qui a contribué au retour de Ducati au sommet du MotoGP moderne, voir la marque lui préférer la plus grande star du championnat puis le plus grand talent de sa nouvelle génération ne pouvait qu’être vécu comme un affront sportif.
Le projet Aprilia lui offre précisément ce que Yamaha ne pouvait lui garantir : la possibilité de battre Ducati sur un pied d’égalité. L’autre enseignement de cette affaire concerne l’image actuelle de Yamaha dans le paddock. Fabio Quartararo a quitté le constructeur japonais pour Honda. Jorge Martin s’y engage dans un pari technologique majeur. Ai Ogura rejoint également le projet.
Mais les informations qui filtrent depuis plusieurs mois ne sont pas particulièrement rassurantes. Certaines sources internes évoquent même un horizon compétitif repoussé à 2028. Autrement dit, un pilote qui signe chez Yamaha pour 2027 accepte presque implicitement une ou plusieurs saisons de transition. Pour un Bagnaia revanchard, cela n’avait probablement aucun sens.
Si l’on se place du point de vue purement sportif, Aprilia apparaît presque comme la destination idéale. La RS-GP a démontré depuis deux saisons qu’elle était capable de gagner régulièrement des Grands Prix et de jouer le championnat du monde. Le constructeur italien possède également une organisation technique extrêmement ambitieuse et bénéficie d’une dynamique positive à l’approche du changement réglementaire de 2027.
Surtout, Aprilia offre à Bagnaia quelque chose qu’aucune autre marque ne pouvait lui proposer : devenir immédiatement le leader naturel du projet MotoGP. Ce qui transparaît finalement dans cette décision, c’est une mentalité que l’on retrouve souvent chez les très grands champions.
Marc Marquez a quitté Honda pour aller chercher une Ducati capable de lui permettre de redevenir champion du monde. Pedro Acosta a refusé les dizaines de millions proposés par Honda pour affronter Marquez chez Ducati. Et désormais, Bagnaia semble suivre exactement la même logique. Leur raisonnement est finalement assez simple : les titres restent dans l’histoire, les contrats beaucoup moins.
Si Aprilia confirme son potentiel avec les nouvelles 850 cc, le scénario pourrait devenir particulièrement savoureux. D’un côté, Marc Marquez et Pedro Acosta chez Ducati. De l’autre, Francesco Bagnaia chez Aprilia. Le pilote italien aurait alors l’occasion de tenter ce qui constitue probablement sa plus grande motivation actuelle : démontrer à Ducati qu’elle s’est trompée en tournant la page. Et il existe peu de moteurs plus puissants dans le sport de haut niveau qu’un champion animé par l’esprit de revanche.










