Moto GP
Publié le 22 août 2026 • 19:00 par André Lecondé

MotoGP – « Yamaha a mal géré Toprak Razgatlioglu … On risque de le perdre », mais qui a dit ça ?

Le passage de Toprak Razgatlioglu du Superbike au MotoGP en 2026 continue de faire couler beaucoup d'encre dans le paddock.

Jack Miller

Toprak Razgatlioglu devait être l’une des grandes attractions du MotoGP 2026. Après douze Grands Prix, le triple champion du monde Superbike n’occupe pourtant que la 21e place du championnat. Pour Carlo Pernat, le problème dépasse les performances du Turc : Yamaha aurait commis une erreur stratégique en le faisant débuter cette année plutôt que d’attendre la révolution technique et l’arrivée de Pirelli en 2027.

Le pari était spectaculaire. Il est pour l’instant douloureux. Après avoir dominé en WorldSBK, Toprak Razgatlioglu a découvert cette saison un univers MotoGP beaucoup moins accueillant. Avec seulement 14 points après douze manches, le pilote Pramac Yamaha occupe la 21e place parmi les 22 titulaires.

La faiblesse actuelle de Yamaha constitue évidemment une partie de l’explication. Mais Razgatlioglu doit également apprendre une nouvelle catégorie et, surtout, comprendre les pneumatiques Michelin après avoir construit l’essentiel de sa carrière internationale autour des Pirelli.

Carlo Pernat : « Nous risquons de perdre Toprak Razgatlioglu »

Interrogé par La Gazzetta dello Sport sur ce qui l’avait le plus déconcerté cette saison, l’ancien manager italien n’a pas hésité. « La gestion de l’affaire Razgatlioglu. Nous risquons de le perdre. » Pernat ne remet donc pas directement en question le talent du Turc. Il critique le calendrier choisi pour son arrivée.

Son idée aurait été radicalement différente : conserver Razgatlioglu une saison supplémentaire en WorldSBK avant de lui faire découvrir le MotoGP en 2027. « S’il était resté en Superbike une année de plus, il aurait été transféré en MotoGP avec Pirelli, une marque qu’il connaît très bien. N’aurait-ce pas été préférable ? »

Le MotoGP va connaître une profonde remise à zéro en 2027. Les moteurs passeront de 1 000 à 850 cc, l’aérodynamisme sera réduit, plusieurs dispositifs techniques disparaîtront et surtout Pirelli remplacera Michelin comme fournisseur exclusif de pneumatiques. Autrement dit, une grande partie de l’expérience accumulée par les pilotes MotoGP avec les machines actuelles perdra de sa valeur.

Razgatlioglu aurait alors pu débarquer au moment où tout le monde devait apprendre. Pernat estime donc que Yamaha aurait dû lui proposer une trajectoire sur trois ans : « 2026 toujours en Superbike, puis 2027 et 2028 avec la nouvelle réglementation et les nouveaux pneus en MotoGP. »

Au lieu de cela, Yamaha lui impose une saison d’apprentissage avec une moto qui peine elle-même à être compétitive et des pneumatiques qui ne correspondent pas à ses références.

Toprak Razgatlioglu

Michelin est devenu le symbole des difficultés de Toprak Razgatlioglu

Le sujet est particulièrement sensible concernant le pneu avant. Razgatlioglu a développé en Superbike un style extrêmement particulier, notamment au freinage et à l’entrée des virages. Or, il peine à retrouver avec le Michelin les sensations qui lui permettaient d’exploiter cette technique avec les Pirelli.

Pernat redoute alors une conséquence plus grave qu’une simple mauvaise saison : la perte de confiance du pilote. « Chaque samedi et dimanche, il regarde les autres de loin, à l’arrière, se demandant, et il le fait vraiment, s’il est encore en état de rouler. À quoi pensent-ils ? »

Un pilote qui arrive auréolé de trois titres mondiaux se retrouve non seulement confronté à des résultats très faibles, mais également à la nécessité de remettre en question les automatismes qui ont précisément fait sa force. Et tout cela pour une technologie pneumatique qui disparaîtra à la fin de l’année.

Mais attendre en WorldSBK n’aurait pas nécessairement tout réglé

La théorie de Pernat possède toutefois une faiblesse. Yamaha n’est actuellement pas davantage la référence en WorldSBK. Maintenir Razgatlioglu une saison supplémentaire dans le championnat avec la marque japonaise n’aurait donc pas nécessairement constitué une solution sportive idéale.

Surtout, cette saison 2026 peut aussi être considérée comme un investissement. Razgatlioglu découvre les circuits, les procédures MotoGP, le fonctionnement d’un prototype, l’environnement Pramac et les exigences particulières de la catégorie reine. Lorsque les Pirelli arriveront en 2027, il ne sera donc plus un rookie complet. Et son expérience pourrait même soudainement devenir un avantage.

À court terme, les chiffres donnent du poids à Pernat : 14 points, une 21e place et trois autres Yamaha devant Razgatlioglu ne correspondent certainement pas aux attentes suscitées par son arrivée. Mais l’objectif réel pourrait être ailleurs.

Si Toprak traverse 2026 sans perdre sa confiance, assimile le MotoGP et retrouve en 2027 avec Pirelli des sensations beaucoup plus proches de celles qui ont construit son succès en Superbike, cette première saison difficile pourrait prendre une tout autre signification.

Yamaha aurait alors utilisé 2026 comme une gigantesque année d’apprentissage avant la remise à zéro de 2027. Dans le cas contraire, Pernat pourra rappeler qu’il avait prévenu sur La Gazzetta Dello Sport : en faisant venir Toprak Razgatlioglu un an trop tôt, Yamaha aura peut-être fragilisé son pilote précisément au moment où elle voulait construire son avenir autour de lui.

Toprak Razgatlioglu