Réunir la Formule 1 et le MotoGP sur un même circuit et durant un même week-end ressemble depuis longtemps à un fantasme de promoteur. Mais depuis que Liberty Media contrôle les deux championnats, l’idée paraît nettement moins irréaliste. Günther Steiner, qui connaît désormais les deux mondes après avoir dirigé Haas en F1 avant de devenir propriétaire de Tech3 en MotoGP, estime même qu’un tel événement pourrait voir le jour dans les cinq prochaines années.
Il ne s’agirait évidemment pas de mélanger les deux championnats ni de multiplier les week-ends communs. Steiner imagine plutôt un événement exceptionnel, organisé une seule fois ou réservé à une occasion particulière. « Je pense qu’on y arrivera un jour », explique-t-il dans le podcast Up To Speed. « Il y a quelques circuits où c’est possible, mais pas beaucoup. » Et l’un d’entre eux lui paraît particulièrement évident.
Pour Günther Steiner, Silverstone pourrait accueillir F1 et MotoGP ensemble
Steiner cite Silverstone comme candidat potentiel. Le circuit britannique accueille déjà les deux disciplines et possède surtout les infrastructures nécessaires à des événements internationaux gigantesques. Mais réunir les deux paddocks représenterait une tout autre dimension.
Une manche de Formule 1 mobilise déjà énormément d’espace pour les équipes, l’hospitalité, les médias et les partenaires. Le MotoGP possède lui aussi son paddock, ses structures techniques, ses catégories supports et ses propres impératifs de sécurité.
Il faudrait également parvenir à imbriquer deux programmes sportifs particulièrement chargés. Steiner n’imagine donc absolument pas ce concept devenir la norme. « Ce serait sympa, un événement vraiment unique, juste pour une occasion spéciale. Par exemple, pour un anniversaire, ce serait chouette de faire quelque chose comme ça. »
L’ancien patron de Haas reste d’ailleurs prudent sur le calendrier. « Est-ce que cela se produira dans les une ou deux prochaines années ? Peut-être pas. Mais peut-être dans les cinq prochaines années ? Je ne l’exclurais pas. »
L’intérêt commercial serait évident. La Formule 1 et le MotoGP constituent les deux vitrines mondiales de la compétition automobile et motocycliste. Les réunir créerait probablement l’un des événements mécaniques les plus spectaculaires jamais organisés.
« La Formule 1 représente évidemment le summum du sport automobile et le MotoGP celui de la course moto », résume Steiner. Depuis l’arrivée de Liberty Media dans l’univers MotoGP, cette possibilité possède surtout une cohérence industrielle qu’elle n’avait pas auparavant. Un même propriétaire peut désormais réfléchir à des synergies entre deux championnats jusqu’ici exploités séparément.

Barcelone, Austin ou Spielberg également possibles
Silverstone n’est d’ailleurs pas le seul candidat théorique. Plusieurs circuits accueillent déjà les deux championnats et possèdent donc les homologations nécessaires aux voitures comme aux motos.
Barcelone pourrait naturellement entrer dans la discussion, tout comme le Red Bull Ring de Spielberg, le Circuit of the Americas à Austin, Losail au Qatar ou encore Sepang en Malaisie. Cela ne signifie pas pour autant que tous seraient capables d’absorber simultanément les infrastructures des deux paddocks. Car la principale difficulté pourrait finalement ne pas être la piste. Il faudrait littéralement faire cohabiter deux championnats du monde sur quelques hectares.
Et cela implique également les catégories annexes. Un week-end MotoGP comprend Moto2 et Moto3, tandis que la Formule 1 voyage régulièrement avec la F2, la F3 ou d’autres compétitions supports. Il paraît donc difficile d’imaginer conserver l’intégralité des programmes habituels.
Le « Super Grand Prix » dont Liberty pourrait rêver
Steiner reconnaît toutefois qu’il n’est évidemment pas celui qui prendra la décision. « Je ne suis ni président ni directeur général de Liberty Media, donc je n’ai pas mon mot à dire. » Mais son parcours rend son analyse intéressante.
Il connaît de l’intérieur les contraintes d’une équipe de Formule 1 et découvre désormais celles du MotoGP avec Tech3. S’il considère qu’un événement commun reste techniquement envisageable, l’hypothèse mérite donc davantage qu’un simple sourire.
Reste à savoir si Liberty Media voudra réellement franchir le pas. Car un week-end réunissant les meilleurs pilotes automobiles et motocyclistes de la planète au même endroit constituerait un produit médiatique extraordinaire. Il serait logistiquement redoutable, probablement extrêmement coûteux et impossible à généraliser.
Mais c’est justement pour cette raison que l’idée de Steiner paraît crédible sous une forme très précise : non pas fusionner la F1 et le MotoGP, mais créer un jour leur événement exceptionnel, une sorte de « Super Grand Prix » mondial.
Et pour celui qui a longtemps vécu dans le paddock de la Formule 1 avant de rejoindre celui du MotoGP, cinq ans pourraient suffire pour que ce qui ressemble encore à une expérience impossible devienne réalité.










