Marco Antonelli avait un projet assez simple pour son fils. Éviter la compétition automobile. Lui qui connaissait les circuits, les sponsors difficiles à trouver, les carrières cassées avant d’avoir commencé et les rêves capables d’avaler des fortunes voulait probablement offrir à Kimi quelque chose de plus paisible. Un métier normal. Des week-ends normaux. Peut-être même des vacances en août. Raté.

Marco voulait le protéger, Kimi Antonelli a choisi d’accélérer.
Ce mardi 25 août, Andrea Kimi Antonelli fête ses 20 ans en étant leader du championnat du monde de Formule 1, pilote Mercedes, vainqueur de six Grands Prix cette saison et candidat à un record qui appartient encore à Sebastian Vettel.
Il y a des enfants qui désobéissent en rentrant vingt minutes trop tard. Kimi, lui, a répondu à son père en essayant de devenir le plus jeune champion du monde de l’histoire de la F1. La crise d’adolescence avait simplement beaucoup plus de chevaux.
« Mon père ne voulait pas que je coure »
Antonelli raconte cette histoire dans un long portrait publié ce 25 août par GQ.
Et contrairement à beaucoup de familles du paddock où le père met pratiquement le volant entre les mains du fils avant son premier bulletin scolaire, Marco Antonelli n’était pas particulièrement enthousiaste à l’idée de voir Kimi suivre le même chemin.
« Mon père ne voulait pas que je coure », explique le pilote Mercedes.
La raison était beaucoup moins étonnante :
« Le sport automobile est magnifique, mais il peut parfois être très cruel. »
Marco savait de quoi il parlait.
Ancien pilote de voitures de tourisme, il avait lui-même vécu la difficulté de construire une carrière lorsque le talent ne suffit pas et qu’il faut également convaincre des partenaires de financer l’aventure. Il a ensuite créé Antonelli Motorsport au début des années 1990 et observé pendant des décennies les deux faces de ce milieu. Il voulait donc éviter à son fils les désillusions qu’il connaissait trop bien. Excellente intention. Seul problème : Kimi avait manifestement d’autres plans.
À cinq ans, le kart règle rapidement la discussion
Antonelli monte dans un kart pour la première fois à cinq ans. Et la tentative paternelle de maintenir une distance raisonnable avec le sport automobile semble s’être arrêtée à peu près là. Kimi se souvient surtout de la vitesse et de l’adrénaline. Puis, selon sa propre formule, « tout s’est enchaîné ».
Et quand on regarde ce qui suit, « enchaîné » paraît presque timide. À 12 ans, Mercedes le fait entrer dans son programme junior. En 2019, il remporte les titres WSK Euro Series et Super Master Series en OK Junior. En 2020, il devient champion d’Europe FIA Karting en catégorie OK. En 2021, il conserve ce titre. Puis viennent les monoplaces. Champion d’Italie de F4. Champion ADAC F4. Champion de Formula Regional Middle East. Champion de Formula Regional Europe.
Mercedes décide ensuite de lui faire sauter complètement la Formule 3 pour l’envoyer directement en F2. À ce stade, Papa Antonelli devait probablement commencer à soupçonner que le projet « pas de sport automobile » rencontrait quelques difficultés d’exécution.
Mercedes l’avait repéré avant même que la plupart des adolescents choisissent leur lycée
L’histoire devient encore plus impressionnante lorsqu’on regarde la vitesse à laquelle Mercedes a compris ce qu’elle avait devant elle.
Antonelli rejoint officiellement le Junior Programme en avril 2019 à seulement 12 ans. Mercedes raconte même que Toto Wolff avait personnellement appelé pour lui proposer la place alors que Kimi se trouvait en voiture avec son père La marque allemande ne s’est ensuite pratiquement jamais éloignée de lui. Et lorsque Lewis Hamilton annonce début 2024 son départ chez Ferrari, Mercedes prend l’une des décisions les plus audacieuses de son histoire récente. Pas de Fernando Alonso. Pas de Carlos Sainz. Pas de vétéran chargé de sécuriser la transition.
Antonelli. 18 ans. Une saison de F2. Et les clés de la voiture laissée par un septuple champion du monde.
Même Marco reconnaît dans GQ qu’arriver chez Mercedes à cet âge, directement dans le siège d’Hamilton, constituait une première saison particulièrement difficile 2025 l’a confirmé. Des erreurs. Un spectaculaire accident à Monza lors de ses débuts en essais libres l’année précédente encore dans les mémoires. Des week-ends compliqués. Mais également trois podiums et 150 points pour sa première campagne complète. La fameuse cruauté du sport automobile était bien présente.
Antonelli a simplement continué.
Puis 2026 arrive… et le gamin commence à gagner tout ce qui passe
Et là, le scénario change brutalement. Mercedes réussit parfaitement le nouveau règlement 2026. Antonelli termine deuxième en Australie. Puis il gagne en Chine. Ensuite au Japon. Puis Miami. Canada. Monaco.
Cinq premières victoires consécutives.
Une première dans l’histoire de la Formule 1 pour les cinq premiers succès d’un pilote. Après un abandon en Espagne et quelques week-ends plus irréguliers, il remet ça en Belgique.
À l’issue de Zandvoort, le classement est presque indécent pour quelqu’un qui soufflait encore 19 bougies jusqu’à aujourd’hui : 242 points. Six victoires. Dix podiums en douze Grands Prix. Six pole positions. Et 59 points d’avance sur George Russell et Lewis Hamilton, tous deux à 183.
Papa craignait qu’il soit déçu par le sport automobile. Pour l’instant, ce sont surtout les autres qui le sont.
Et Marco n’est certainement plus celui qui essaie de l’éloigner des circuits
Le plus joli retournement de l’histoire est là. Celui qui ne voulait pas que Kimi commence est désormais l’une des personnes les plus importantes autour de lui.
Antonelli décrit aujourd’hui son père comme son « roc » et explique qu’il continue à rechercher son avis après les qualifications, les courses et les séances, comme lorsqu’ils étaient encore dans le karting. Mais attention : avoir changé d’avis sur la carrière du fils ne signifie manifestement pas être devenu indulgent. Marco reste son critique numéro un. Après Spa, malgré la victoire de Kimi, le père s’était immédiatement concentré sur ses avertissements concernant les limites de piste.
Antonelli avait raconté avec amusement la menace paternelle :
« Si je te vois encore prendre un avertissement inutile… »
La suite impliquait son cou et un poulet. Une méthode pédagogique légèrement différente des présentations PowerPoint de Mercedes. Toto Wolff travaille sur la télémétrie. Marco Antonelli possède apparemment d’autres outils.
Marco lui a aussi transmis une philosophie légèrement moins tendre
Le père qui voulait protéger son fils de la cruauté du sport automobile lui a finalement appris… à devenir lui-même impitoyable lorsqu’il ferme sa visière. Dans GQ, Marco explique qu’il a toujours voulu transmettre à Kimi une règle très simple : on peut avoir des amis en dehors de la piste, mais pas lorsqu’on est en compétition.
Sa formule est encore plus explicite :
« Il faut se transformer, comme un tueur.»
Et soudain, certaines attaques sur George Russell deviennent un peu plus faciles à comprendre.
Parce que le gentil Kimi a également commencé à sortir les crocs
Antonelli conserve hors de la voiture cette image de gamin souriant, plutôt discret et incroyablement attaché à sa famille. GQ raconte ainsi qu’après avoir remporté Monaco, au lieu de prolonger la fête jusqu’au petit matin, il est rentré dormir après le dîner officiel. Le lendemain ? Toto Wolff l’a invité à passer l’après-midi sur un bateau avec sa famille. Antonelli est parti pêcher avec le fils de neuf ans de son patron Seulement, installez le même garçon dans une Mercedes et la personnalité change légèrement.
Wolff explique qu’Antonelli entre dans une sorte de « zone » lorsqu’il pilote, au point de parfois ne plus entendre immédiatement les messages radio. Le Canada en a donné un bel exemple.
Antonelli a attaqué Russell avec une agressivité suffisante pour créer plusieurs moments très chauds entre les deux Mercedes. Après l’une de leurs batailles, il jugeait même à la radio la défense de son équipier très limite. Wolff a fini par intervenir pour rappeler à ses pilotes une règle plutôt essentielle lorsqu’on dispose de la meilleure voiture :
« vous pouvez vous battre, mais vous ne vous percutez pas.»
Le garçon que son père voulait protéger de la compétition est donc désormais celui auquel Mercedes doit rappeler de temps en temps que le championnat dure 24 courses. Magnifique évolution.
Et le plus gros morceau pourrait encore arriver
Car l’histoire prend aujourd’hui une dimension très particulière. Antonelli fête précisément ses 20 ans ce 25 août. Et il le fait en tête du championnat. S’il conserve cette position jusqu’à Abu Dhabi, il deviendrait le plus jeune champion du monde de l’histoire de la Formule 1, effaçant le record de Sebastian Vettel, titré à 23 ans en 2010.
Il deviendrait surtout le premier Italien champion du monde depuis Alberto Ascari en 1953. Soixante-treize ans.
Voilà légèrement plus impressionnant qu’un trophée de karting posé sur une étagère. Et l’Italie commence naturellement à s’emballer.
Marco Antonelli raconte même avoir découvert dans un bar de Maranello une photo de son fils placée entre celles de Hamilton et Leclerc, observant avec amusement que certains tifosi traditionnellement attachés à Ferrari soutiennent désormais aussi Kimi.
L’Italie réussit donc une prouesse assez remarquable :
supporter Ferrari tout en espérant qu’une Mercedes gagne le championnat. Il fallait probablement un Antonelli pour obtenir ce cessez-le-feu.
Prochaine étape : Monza… avec une jolie punition pour son anniversaire
Évidemment, la Formule 1 étant la Formule 1, impossible de laisser le garçon profiter tranquillement de son anniversaire. Son prochain rendez-vous sera Monza, son Grand Prix à domicile. Des tribunes italiennes. Une lutte pour le titre. Une Mercedes capable de gagner. Tout semblait parfait. Sauf qu’Antonelli devra subir au minimum dix places de pénalité sur la grille après le changement prévu de son unité de puissance.
Merci pour le cadeau.
Toto Wolff considère toutefois Monza comme l’un des circuits où cette pénalité peut être absorbée grâce aux possibilités de dépassement. Le changement vise également à offrir au leader du championnat un moteur frais pour la suite de la saison. Donc, pour son premier Grand Prix depuis qu’il a quitté l’adolescence : à domicile, avec l’Italie qui l’attend, en tête du championnat, et probablement une remontée à organiser depuis le milieu du peloton. Finalement, Marco avait raison depuis le début. Ce sport peut être cruel.
Le père avait peur de la déception, le fils lui a répondu avec six victoires
L’histoire d’Antonelli est finalement savoureuse parce qu’elle renverse le cliché habituel. Marco n’a pas construit de force une carrière pour son fils. Il connaissait trop bien le prix du sport automobile pour en rêver à sa place. Il voulait même lui éviter tout cela. Mais Kimi a aimé un kart à cinq ans. Puis la vitesse. Puis la compétition. Puis la victoire. Et son père, plutôt que de freiner éternellement, a fini par devenir celui qui l’accompagne, le conseille et lui rappelle qu’un champion ne peut pas se permettre de gaspiller des avertissements pour limites de piste.
Aujourd’hui, le gamin a 20 ans. Il mène le championnat du monde. Mercedes domine le classement constructeurs avec 425 points et huit victoires. Et Kimi peut devenir le premier Italien champion depuis Ascari.
Marco Antonelli voulait éviter à son fils la cruauté du sport automobile.
Kimi a trouvé une solution beaucoup plus simple : être suffisamment rapide pour que, la plupart du temps, elle tombe sur les autres.

Happy birthday Andrea Kimi Antonelli 🥳💙🎂🎉 ૮꒰ ˶• ༝ •˶꒱ა#Kimi20 #Kimiantonelli pic.twitter.com/MoWQQzWOYk
— Tette ⁴³¹²🇵🇦 KIMI BIRTHDAY🥳/KIMI SOPLA LA VELA (@Nisse__43) August 25, 2026









