Pierre Gasly traverse actuellement une drôle de semaine. Vendredi dernier, la FIA lui retirait définitivement son podium de Monaco. Samedi, il signait la première pole position de sa carrière à Monza. Et quelques jours plus tard, le Français arrive à Madrid en annonçant tranquillement qu’il s’attend à voir… des drapeaux rouges. Avec Gasly, septembre oscille donc entre les décisions prises dans les bureaux et celles arrachées au volant. Et après avoir goûté à l’amertume du tribunal, le pilote Alpine semble avoir retrouvé une certaine envie de jouer. « Je parie qu’il y aura un drapeau rouge. » Voilà sa première prédiction concernant le tout nouveau Madring, qui accueille ce week-end son premier Grand Prix de Formule 1 Pas exactement la brochure touristique dont rêvaient les organisateurs.

Gasly : du tribunal aux murs du Madring
Monaco : trois mois pour lui donner un podium… puis le lui reprendre
Difficile de comprendre l’état d’esprit actuel de Gasly sans revenir sur l’incroyable feuilleton monégasque. Le Français avait franchi la ligne d’arrivée troisième à Monaco, avant de recevoir deux pénalités de cinq secondes pour vitesse excessive dans la voie des stands. Il avait alors chuté au septième rang. Alpine avait demandé un droit de révision, obtenu gain de cause et récupéré la troisième place. Gasly avait même fini par recevoir le trophée des mains d’Isack Hadjar quelques semaines plus tard.
Fin de l’histoire ?
Évidemment pas. Nous sommes en Formule 1. McLaren et Red Bull ont fait appel et, le 4 septembre, la Cour internationale d’appel de la FIA a rétabli les deux pénalités. Gasly est donc définitivement replacé septième et Hadjar récupère la troisième place. Trois mois de procédures pour finalement revenir au classement établi quelques minutes après la course.
De quoi devenir légèrement amer lorsqu’on s’appelle Pierre Gasly.
Alpine a d’ailleurs déclaré rester convaincue que la voiture n°10 n’avait pas dépassé la limitation de vitesse, tout en acceptant la décision finale. Gasly pouvait ruminer. Il a préféré accélérer.
24 heures plus tard, Monza : merci pour la colère
Le timing fut presque parfait. Le lendemain de la décision qui lui retirait son podium, Gasly a placé son Alpine en pole position à Monza, devant George Russell.
Pas une pole héritée d’une pénalité. Pas une loterie météo. Pas un cadeau. Un tour en 1’21’’786, six centièmes plus rapide que la Mercedes de Russell. Première pole de la carrière de Gasly et première d’Alpine depuis que Renault a pris son nom actuel.
Le Français ne cachait d’ailleurs pas son émotion :
« Cela fait neuf ans que je cours après. »
Il qualifiait également son dernier passage de « sacré tour », conscient d’avoir saisi l’une des rares occasions offertes cette saison par une Alpine généralement incapable de se battre avec les quatre grosses écuries.
Vendredi, un juge lui retire un podium. Samedi, Gasly va chercher une pole que personne ne peut lui enlever.
Le scénario aurait presque été trop grossier pour Netflix.
Le dimanche fut moins spectaculaire : la supériorité de Mercedes, McLaren, Ferrari et Red Bull sur les longs relais a repris ses droits et Gasly a finalement terminé septième. Mais lui-même refusait de bouder son plaisir. Alpine savait que conserver la première place pendant toute la course relevait pratiquement de la mission impossible. Après Monaco, on comprend presque qu’une septième place obtenue sans avocat puisse sembler reposante.
Madrid ? Gasly a déjà rencontré tous les murs… virtuellement
Et voici maintenant le Madring. Cette fois, Gasly préfère prévenir. Après ses séances au simulateur, le pilote Alpine n’a visiblement pas découvert un paisible boulevard espagnol.
« Je pense avoir touché tous les murs dans le simulateur. »
Il compare le risque à celui rencontré à Monaco : faible marge d’erreur, barrières proches et conséquences potentiellement lourdes à la moindre approximation. Le Français n’est pas le seul à lever un sourcil.
Le tracé madrilène mesure 5,4 kilomètres et compte 22 virages, avec plusieurs portions aveugles, changements de dénivelé et freinages délicats. Lewis Hamilton a évoqué certaines similitudes avec Djeddah, tandis que Charles Leclerc estime que la difficulté à dépasser pourrait rendre les qualifications particulièrement importantes. Une excellente nouvelle pour Gasly.
Après Monza, s’il y a bien un exercice dans lequel il aimerait probablement rejouer, c’est justement le samedi après-midi.
19 drapeaux rouges en F3 : Gasly ne sort pas totalement sa prédiction du chapeau
Et sa petite phrase sur les drapeaux rouges n’est pas seulement destinée à réveiller la conférence de presse. Lors d’un récent test de Formule 3 sur le nouveau circuit, 19 interruptions au drapeau rouge auraient été recensées, avec trois voitures sérieusement endommagées. Dix-neuf. Pour un circuit qui n’a pas encore accueilli un seul tour officiel de Formule 1, disons que le premier rendez-vous avec les murs a été… chaleureux.
Le Madring possède notamment une attraction déjà très commentée : le virage 12, La Monumental.
Environ 547 mètres, jusqu’à 24 % d’inclinaison, près de six secondes passées dans ce virage relevé : les promoteurs en ont fait l’emblème du circuit. Spectaculaire ? Certainement. Indulgent avec une F1 légèrement hors trajectoire ? Probablement beaucoup moins.
Gasly, l’homme qu’on ferait bien d’écouter samedi
Voilà finalement ce qui rend sa déclaration amusante. Il y a encore quelques jours, Alpine pouvait difficilement être considérée comme une référence en matière de performance pure. Puis Gasly est arrivé à Monza et a collé tout le monde derrière lui pendant les qualifications. Il occupe aujourd’hui la 10e place du championnat avec 41 points, tandis qu’Alpine se bat avec Racing Bulls pour la cinquième place chez les constructeurs. Il n’a donc pas la voiture pour jouer régulièrement devant.
Mais lorsqu’une piste atypique réduit les écarts, lorsqu’il faut flirter avec les murs et lorsqu’un tour parfait peut chambouler la hiérarchie, Gasly vient précisément de rappeler qu’il sait encore très bien quoi faire.
Madrid pourrait offrir exactement ce type de week-end. Un circuit inconnu, un asphalte neuf, des murs omniprésents, une qualification potentiellement déterminante et des pilotes qui vont découvrir les véritables limites en même temps que leurs adversaires. Gasly parie sur un drapeau rouge. Après ce qu’il vient de vivre, on éviterait peut-être de parier contre lui.
Car depuis une semaine, le Français a déjà connu le rouge de colère à Monaco, la pole miraculeuse de Monza et maintenant les murs de Madrid. Et s’il pouvait choisir la prochaine couleur ?
Il signerait probablement pour le bleu Alpine tout en haut de la feuille des temps.

























