Il y a encore quelques mois, Jorge Martin ne savait même pas s’il retrouverait un jour son meilleur niveau. Victime d’un grave accident au Qatar, plongé dans une longue convalescence et au cœur d’un conflit contractuel avec Aprilia qui a alimenté toutes les rumeurs du paddock, le champion du monde 2024 semblait davantage se battre contre lui-même que contre ses adversaires. Aujourd’hui, le Madrilène est pourtant leader du championnat MotoGP 2026 et pleinement engagé dans une lutte pour le titre qui s’annonce exceptionnelle face aux Ducati et à son propre coéquipier Marco Bezzecchi.
Dans un long entretien accordé au magazine Motosprint, Jorge Martin livre probablement l’une de ses confidences les plus personnelles depuis son arrivée chez Aprilia. La première phrase de l’Espagnol résume à elle seule l’incroyable retournement de situation qu’il vit actuellement : « Tout se passe très bien. Il y a six mois, il aurait été impensable de m’imaginer à cette place au classement général aujourd’hui. »
Il poursuit : « Physiquement, je vais bien ; il y a encore des points à améliorer, mais je progresse petit à petit. Globalement, je peux jouer sur le terrain. » Un aveu qui permet de mesurer le chemin parcouru. Il y a six mois, Jorge Martin se demandait simplement s’il retrouverait un jour toutes ses sensations. Aujourd’hui, il pense championnat du monde.
Si Jorge Martin est revenu au sommet, il sait parfaitement qu’il ne l’a pas fait seul. Lorsqu’on lui demande de citer les personnes qui l’ont le plus aidé durant cette période difficile, il répond sans hésitation :
« Ma compagne Maria, bien sûr, mais n’en nommer que trois, c’est impossible. Mon entraîneur Jorge, que je vois le plus souvent, mais aussi Aleix, qui m’a beaucoup aidé dans ma progression et à traverser des moments difficiles. » Il ajoute : « J’ai créé mon propre groupe, et c’est ce qui me permet de progresser. »

Jorge Martin : « Sans Maria, je serais sans doute beaucoup moins concentré, je sortirais davantage le soir et penserais à autre chose »
Aleix Espargaró apparaît une nouvelle fois comme l’un des personnages clés du paddock MotoGP. Conseiller officieux, ami proche et désormais pilote d’essais Honda, le Catalan a joué un rôle déterminant dans l’intégration de Martin chez Aprilia et dans sa reconstruction après son accident.
Jorge Martin livre également une réflexion sur l’évolution du MotoGP moderne. « Avant, ce sport était davantage un spectacle. Il y avait des courses, certes, mais les pilotes n’étaient pas des athlètes. Aujourd’hui, nous sommes des athlètes qui devons bien manger, bien dormir et nous entraîner. » Avant de poursuivre : « Il faut être concentré, et c’est pourquoi on a besoin de quelqu’un à ses côtés qui nous apporte la sérénité. »
Sa relation avec María Monfort joue visiblement un rôle essentiel dans cet équilibre : « Sans Maria, je serais sans doute beaucoup moins concentré sur mes obligations. Je sortirais davantage le soir et penserais à autre chose. »
Le portrait qui se dessine est finalement assez éloigné des clichés souvent associés aux champions du monde. Martin parle davantage d’équilibre personnel que de vitesse ou de titres. Interrogé sur ce qui lui a le plus appris dans sa carrière, Jorge Martin répond sans détour : « La défaite. Pour moi, il n’y a pas de défaite dans le sport, car soit on gagne, soit on apprend. »
Une philosophie qui semble directement héritée des nombreuses épreuves qu’il a traversées ces dernières saisons. Il poursuit : « Les progrès entre 2023 et 2024 étaient évidents. L’année dernière, j’ai franchi l’étape finale ; cette année, j’espère que non. »
Cette maturité nouvelle transparaît tout au long de l’entretien. Le Jorge Martin explosif et parfois impulsif des premières années MotoGP semble progressivement laisser place à un pilote beaucoup plus réfléchi.
L’un des passages les plus attendus concernait évidemment sa relation avec Massimo Rivola et Aprilia. Après des mois de tensions contractuelles et des déclarations publiques parfois musclées, Martin confirme que la situation est désormais totalement apaisée. « La comparaison avec un père est pertinente. Il voulait le meilleur pour moi, même si nous n’étions pas toujours d’accord. »
Puis il reconnaît : « L’année dernière, je souhaitais quitter Aprilia et il voulait que je reste. Il y a eu des tensions, mais nous avons décidé de poursuivre notre collaboration et les choses se sont améliorées. » Plus encore, Jorge Martin affirme aujourd’hui avoir une confiance totale dans son équipe : « Je pense que l’objectif de Massimo est de me mettre en position de gagner. Je suis serein car je sais qu’il fera tout son possible pour y parvenir. »
L’Espagnol ne cache pas non plus l’importance qu’ont eue les performances de Marco Bezzecchi pendant sa convalescence. « C’était une bonne nouvelle, car savoir que la moto qui m’attendait était une moto gagnante, ça aide. Je me suis dit : « S’il peut le faire, je peux le faire aussi. » »
Enfin, Jorge Martin révèle sur motosan une facette plus intime de sa personnalité. Il explique notamment travailler depuis plusieurs années avec un psychologue du sport et s’intéresser à des domaines bien éloignés du MotoGP. « Je veux grandir et apprendre. J’aimerais apprendre plusieurs langues. On n’a qu’une vie, et je ne veux pas être seulement pilote. »
Avant d’ajouter : « Je veux vieillir en sachant que j’ai accompli bien d’autres choses. » Une réflexion qui illustre l’évolution mentale du champion espagnol.
Au-delà de toutes ces confidences personnelles, cette interview nous apprend peut-être une chose essentielle : Jorge Martin semble aujourd’hui plus apaisé, plus mature et plus solide mentalement que jamais.
Or, un Jorge Martin rapide, physiquement retrouvé et mentalement serein constitue probablement la plus mauvaise nouvelle possible pour Marc Marquez et Ducati à l’approche de la deuxième moitié de saison. Il y a six mois, Jorge Martin ne savait pas s’il pourrait encore se battre pour un championnat du monde. Aujourd’hui, il est peut-être le pilote le plus dangereux du plateau MotoGP.










