Johann Zarco, absent depuis cet énorme accrochage au deuxième départ du Grand Prix de Catalogne, écopera d’une pénalité de deux long laps à son retour. Forcément, cette décision peut interroger et a d’ailleurs choqué pas mal de supporters français, car, de toute évidence, il s’est lui-même lourdement pénalisé avec cette blessure à la jambe. Qu’en penser ?
D’après moi, c’est tout à fait logique et cohérent. Alors, je vais tenter de vous expliquer pourquoi.
Pas d’exception pour Johann Zarco
Tout d’abord, rappelons que Zarco n’est pas le premier à qui cela arrive. En 2023, Marc Marquez avait découpé Miguel Oliveira au Portugal, blessant ce dernier. Si Honda avait tenté de lui faire esquiver cette pénalité, il l’avait quand même purgée à son retour. L’année dernière, même constat pour Jorge Martin au Japon. Il s’est également blessé, et a pris ses deux long laps pour son ultime comeback à Valence.

C’est précisément le cas de Johann Zarco, donc je ne vois pas pourquoi il n’écoperait pas lui aussi d’une pénalité pour cette même infraction, qui est, selon le règlement, spécifique au départ et au premier tour. J’aime quand la direction de course prend des décisions cohérentes, et c’est définitivement le cas cette fois.
L’acte, pas la conséquence
Les plus chauvins tenteront peut-être de me rétorquer qu’il n’a pas blessé un autre pilote – contrairement à Marc Marquez, par exemple. Sauf que ça ne compte pas. Effectivement, il s’est bien laissé emporter par l’aspiration, mais a directement causé la chute de Luca Marini et de Pecco Bagnaia. En sports mécaniques, on doit juger l’acte, et non la conséquence. En 2023, on devait pénaliser Marquez pour la manière dont il avait percuté Miguel Oliveira, et non pas pour la blessure de ce dernier. Mieux : la conséquence devrait être totalement décorrélée de la gravité de la sanction. Dans ce sens-là (chute), c’est généralement plutôt bien jugé ; on voit une certaine cohérence depuis quelques années qui fait plaisir à voir.
Cependant, je peine à comprendre la différence entre une infraction commise au premier tour et lors du reste de la course. Bezzecchi avait pris deux long laps de pénalité pour avoir mis Marquez par terre l’année dernière en Indonésie, mais s’il avait fait exactement la même manœuvre trois minutes plus tard, il n’en aurait peut-être eu qu’un : ça avait été le cas pour deux attaques inconscientes d’Alex Marquez sur Fabio Di Giannantonio au Qatar, et sur Joan Mir en Tchéquie. C’est sans doute mis en place pour décourager les pilotes de s’enflammer dans les premiers instants, quand le peloton est en paquet, ce qui peut effectivement mener à des situations très dangereuses. Mais quitte à prendre le parti de la juste sévérité, pourquoi ne pas appliquer ce raisonnement aux autres moments de la course ? Voir un élément de la grille prendre deux long laps pour une attaque irresponsable à tout instant de l’épreuve ne me dérangerait pas le moins du monde.

Des circonstances atténuantes ou aggravantes ?
La situation dans laquelle était Johann Zarco demeure particulière. Après la terrible chute d’Alex Marquez, le Français a reconnu qu’il n’aurait pas dû prendre ce deuxième départ, on peut donc se demander s’il était apte à le faire. J’ai déjà longuement parlé de ça dans un autre article que je vous invite à lire en cliquant ici.
Cela constitue-t-il une circonstance aggravante ou atténuante ? Je ne sais pas. Un bon avocat pourrait le défendre en disant qu’il n’était pas pleinement maître de ses moyens au moment d’entamer la deuxième course, justement, car le système MotoGP encourage clairement les pilotes à prendre ce risque grâce, notamment, à l’absence d’un protocole commotion comme dans de nombreux autres sports. Le MotoGP a laissé Zarco, Di Giannantonio, Raul Fernandez, et Pedro Acosta (ceux directement impactés par la chute d’Alex Marquez) prendre d’énormes risques, s’exposant ainsi à une défaillance de l’un d’eux.
De l’autre côté, l’avocat de la partie adverse rétorquerait que Zarco a pris le deuxième départ en ayant justement conscience, de son propre aveu, qu’il n’était pas apte à se concentrer et à réaliser un effort physique long de plusieurs dizaines de minutes, exposant les autres à un grand danger.
C’est un casse-tête que le MotoGP devrait essayer de solutionner assez rapidement, avant qu’un accident encore plus grave n’intervienne à l’occasion d’un deuxième ou troisième départ.
Que pensez-vous de la pénalité de Johann Zarco ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport









