Moto GP
Publié le 26 août 2026 • 13:00 par André Lecondé

MotoGP – Carlo Pernat sur le fiasco Bastianini-KTM : « Nous avons signé avec des gens… et ensuite ils sont partis »

Le passage d’Enea Bastianini chez Tech3 KTM était une erreur monumentale. Et son ancien manager Carlo Pernat n’y va pas par quatre chemins.

Enea Bastianini

Enea Bastianini pensait avoir trouvé chez KTM le moyen de rebondir après avoir perdu sa place dans l’équipe officielle Ducati au profit de Marc Marquez. Deux ans plus tard, Carlo Pernat porte un jugement sévère sur cette décision : selon son ancien manager, l’Italien s’est engagé dans un projet dont il ignorait totalement la fragilité financière et organisationnelle. S’il avait su, assure-t-il aujourd’hui, il n’aurait jamais signé.

L’histoire aurait pu être celle d’une reconstruction. Lorsque Ducati décide de confier sa deuxième Desmosedici officielle à Marc Marquez, Enea Bastianini doit chercher une porte de sortie. KTM apparaît alors comme une solution particulièrement crédible : constructeur ambitieux, moyens importants, quatre motos en MotoGP et volonté affichée de concurrencer Ducati.

Carlo Pernat, qui gérait alors la carrière de Bastianini, participe directement aux négociations. Mais ce que les deux hommes ignorent encore, selon Pernat, c’est que KTM s’approche d’une crise financière qui va profondément bouleverser son projet.

Carlo Pernat : « Nous avons conclu l’accord sans aucun indice de la catastrophe »

Interrogé par La Gazzetta dello Sport, Pernat revient aujourd’hui sur les conditions dans lesquelles le contrat a été négocié. « Lorsque Enea et moi avons réalisé que Ducati n’avait plus de place pour nous, nous avons approché KTM, rencontrant Beirer, Guidotti et Sterlacchini. Nous avons conclu l’accord sans aucun indice de la catastrophe imminente. »

La suite est effectivement brutale. KTM entre dans une crise financière majeure et doit engager un processus de restructuration. L’intervention de Bajaj Auto permettra finalement de sécuriser l’avenir du groupe, mais entre-temps l’environnement dans lequel Bastianini pensait arriver a profondément changé.

Et surtout, plusieurs des hommes avec lesquels son avenir avait été négocié disparaissent du projet. Francesco Guidotti quitte ses fonctions de team manager. Fabiano Sterlacchini, alors responsable technique, est lui aussi parti et rejoindra ensuite Aprilia. Pour Pernat, c’est un élément essentiel du dossier. « Nous avons fait l’accord avec des gens, et ensuite ils sont partis. »

Autrement dit, Bastianini n’aurait pas seulement choisi une moto. Il aurait choisi un projet humain et technique qui s’est en partie désintégré avant même qu’il puisse véritablement s’y installer.

On n’a jamais retrouvé le Bastianini pilote Ducati

Les conséquences sportives ont été considérables. Bastianini arrivait chez KTM avec sept victoires en MotoGP et le statut d’ancien pilote officiel Ducati. Deux saisons plus tard, son passage sur la RC16 ne lui a apporté qu’un seul podium.

Sa principale difficulté reste la qualification. Même lorsqu’il parvient encore à retrouver son exceptionnelle capacité à remonter pendant les courses, ses positions de départ le condamnent régulièrement à devoir reconstruire son week-end le dimanche.

Pendant ce temps, KTM a elle-même perdu du terrain. La RC16 avait pu apparaître comme l’une des principales rivales de Ducati. Elle doit désormais composer avec la progression spectaculaire d’Aprilia, tandis que Pedro Acosta reste celui qui réussit le mieux à masquer certaines limites de la machine autrichienne.

La situation est d’autant plus cruelle que Sterlacchini, l’un des hommes présents lorsque Bastianini avait négocié son arrivée chez KTM, est désormais associé au spectaculaire redressement technique d’Aprilia.

Enea Bastianini

Carlo Pernat assure qu’il aurait fait un autre choix

L’ancien manager ne prétend pas simplement que le pari KTM a échoué. Il affirme que la décision aurait été différente si lui et Bastianini avaient disposé d’une vision exacte de la situation du constructeur.

À ses yeux, le contrat a donc été signé sur la base d’un environnement qui n’existait déjà presque plus. Ce constat permet aussi de relativiser la responsabilité du pilote dans cet échec. Bastianini avait certes choisi KTM. Mais il avait choisi la KTM qui lui avait été présentée, avec ses dirigeants, son organisation technique et ses ambitions. Pas nécessairement celle qu’il allait finalement découvrir.

Bastianini a depuis changé de management et son avenir devrait désormais s’écrire loin de KTM. La piste TrackHouse-Aprilia apparaît comme sa destination probable lorsque son contrat arrivera à son terme. « Bestia » quitterait ainsi une KTM en pleine reconstruction pour rejoindre l’écosystème Aprilia, devenu l’une des références du MotoGP 2026. Il retrouverait surtout indirectement Sterlacchini, l’un des techniciens présents au moment où il avait décidé de miser sur KTM.

De son côté, le constructeur autrichien prépare déjà une transformation profonde pour 2027. Pedro Acosta et Brad Binder laisseront leur place à Alex Marquez et Fabio Di Giannantonio dans l’équipe officielle, tandis que Tech3 devrait également repartir avec un nouveau tandem.

L’histoire Bastianini-KTM risque donc de s’achever sans véritable accomplissement sportif. Et derrière l’échec d’un pilote apparaît surtout celui d’une période entière de KTM : Bastianini avait signé pour rejoindre un prétendant au titre. Quelques mois plus tard, il découvrait qu’il avait embarqué dans une entreprise qui se battait d’abord pour sa propre survie.

Enea Bastianini