Moto GP
Publié le 25 août 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP : Jack Miller défend Toprak Razgatlioglu, « malheureusement, Yamaha ne lui permet pas de montrer son talent »

Jack Miller estime que son coéquipier Toprak Razgatlioglu a fait ses débuts en MotoGP à un moment "difficile" du projet Yamaha.

Jack Miller

Les 14 points et la 21e place de Toprak Razgatlioglu après douze Grands Prix racontent une première saison MotoGP particulièrement difficile. Mais pour Jack Miller, ces résultats ne disent pas grand-chose du véritable niveau de son coéquipier chez Pramac. Le problème serait ailleurs : Razgatlioglu est arrivé au pire moment possible chez Yamaha, au milieu d’une transition technique et alors que le constructeur japonais a déjà largement tourné ses efforts vers 2027.

Faire passer Toprak Razgatlioglu du WorldSBK au MotoGP constituait déjà un pari considérable. Le triple champion du monde Superbike devait apprendre une grande partie des circuits, découvrir l’électronique extrêmement sophistiquée des prototypes et surtout abandonner les Pirelli qu’il connaissait parfaitement pour les Michelin. Yamaha lui a ajouté une difficulté supplémentaire : découvrir le MotoGP avec une M1 profondément remaniée par l’arrivée du moteur V4.

Bilan ? Après douze manches, Razgatlioglu n’a inscrit que 14 points et occupe la 21e place du championnat. Sa 11e position en Hongrie reste son meilleur résultat en Grand Prix. Pour un pilote habitué à gagner, le changement de réalité est considérable.

Jack Miller : « Toprak a un talent immense »

Jack Miller est pourtant catégorique lorsqu’il évoque son coéquipier. « C’est quelqu’un de bien. On s’entend super bien », explique l’Australien à Crash.net. Mais c’est surtout son jugement sportif qui retient l’attention. « Il a un talent immense à moto. »

Miller considère donc que les performances actuelles de Razgatlioglu ne doivent pas servir à mesurer ses capacités. Le contexte technique serait beaucoup trop défavorable. « Malheureusement, sa première année a été consacrée au développement de cette moto, ce qui complique les choses. Nous aimerions obtenir de meilleurs résultats ensemble, c’est certain. Mais, hélas, c’est la situation actuelle. »

Une manière assez claire d’admettre que Yamaha n’est actuellement pas en mesure de fournir aux pilotes Pramac les outils nécessaires pour viser beaucoup plus haut.

Yamaha pense déjà à 2027

La situation devient encore plus compliquée puisque la M1 actuelle ne semble plus constituer la priorité. Yamaha a utilisé cette dernière saison des 1 000 cc pour introduire son architecture V4, mais le constructeur travaille désormais essentiellement sur la génération suivante.

L’expérience accumulée avec le V4 1000 doit notamment alimenter le développement du futur 850 cc. Conséquence : le développement de la Yamaha 2026 aurait désormais pratiquement cessé.

Fabio Quartararo, Alex Rins, Jack Miller et Toprak Razgatlioglu devraient donc terminer la saison avec une machine dont les faiblesses sont connues, alors que les ressources techniques sont progressivement transférées vers le projet 2027.

Pour Razgatlioglu, cela signifie probablement continuer à se battre loin des positions auxquelles il était habitué en Superbike.

Jack Miller

Même Jack Miller souffre

La comparaison avec son coéquipier permet d’ailleurs de relativiser les difficultés du Turc. Miller connaît parfaitement le MotoGP, ses pneus, ses circuits et ses exigences. Pourtant, l’Australien n’est que 19e avec 23 points.

Son meilleur résultat, une huitième place en Hongrie, est intervenu dans une course où les circonstances lui ont également été favorables après l’incident du premier virage impliquant Jorge Martin. À Silverstone, Miller était parvenu à atteindre la Q2. Mais une nouvelle fois, la course a exposé les limites de la Yamaha. Le manque de performances et les difficultés rencontrées avec le pneu arrière l’ont finalement repoussé à la douzième place. Même un pilote possédant plus d’une décennie d’expérience en MotoGP ne parvient donc que ponctuellement à extraire un résultat de la M1.

Razgatlioglu doit surtout survivre à 2026

Razgatlioglu n’a probablement jamais eu autant à apprendre au moment même où sa moto lui offre aussi peu de possibilités de démontrer cette progression. Et psychologiquement, le défi est immense.

Pendant des années, Toprak s’est présenté sur les circuits pour gagner. Il doit maintenant considérer une entrée dans le top 10 comme un objectif majeur. Mais 2026 pourrait surtout être considéré comme une gigantesque saison d’apprentissage avant la véritable échéance.

Car en 2027, Razgatlioglu retrouvera Pirelli, le manufacturier avec lequel il a construit ses succès en WorldSBK. Les moteurs passeront à 850 cc, l’aérodynamique sera réduite et Yamaha repartira avec une moto entièrement nouvelle.

Rien ne garantit évidemment que la future M1 sera compétitive. Mais Jack Miller apporte déjà une nuance essentielle au jugement porté sur son coéquipier : avant de décider si Toprak Razgatlioglu peut réussir en MotoGP, encore faudrait-il lui donner une moto lui permettant réellement de le démontrer.

Jack Miller