F1
Publié le 10 septembre 2026 • 02:00 par Oléna Champlain

F1 – Rosberg dynamite Alonso : « 5 Mondiaux facile »… le génie espagnol, champion des mauvais choix ?

Nico Rosberg frappe fort : avec de meilleurs choix d’écuries, Fernando Alonso aurait pu compter cinq titres mondiaux.

Nico Rosberg n’a pas sorti la pince à épiler. Il a directement pris le marteau. À Madrid, où la Formule 1 s’apprête à courir ce week-end, le champion du monde 2016 s’est penché sur l’interminable carrière de Fernando Alonso et a livré un diagnostic aussi flatteur pour le pilote que brutal pour ses décisions. Pour l’Allemand, le problème d’Alonso n’a jamais vraiment été son coup de volant.

Fernando Alonso

Rosberg : Le talent d’Alonso, jamais le problème. C’est tout ce qu’il a choisi autour.

« Fernando Alonso a mal choisi ses équipes ces 17 dernières années. »

Et Rosberg pousse le raisonnement jusqu’au bout : avec un meilleur sens du timing dans ses transferts, l’Espagnol aurait selon lui « cinq Mondiaux facile » au lieu des deux titres acquis avec Renault en 2005 et 2006. Une déclaration énorme. Mais lorsqu’on rembobine la carrière d’Alonso, elle n’est pas totalement absurde.

Deux titres au compteur… cinq dans les mains selon Rosberg

Le paradoxe Alonso est devenu presque aussi célèbre que son talent. 440 Grands Prix disputés, 32 victoires, 106 podiums, 22 poles… mais toujours seulement deux couronnes mondiales. À 45 ans, son palmarès demeure immense, mais il paraît presque maigre au regard de la réputation dont il jouit chez ses pairs. Et surtout lorsqu’on se souvient de certaines occasions envolées.

Après son premier passage chez Renault, Alonso rejoint McLaren en 2007, au moment où un certain Lewis Hamilton débute en F1. La cohabitation vire au feuilleton et Alonso repart après une seule saison. Retour chez Renault, puis Ferrari à partir de 2010 : il passe alors à quelques points des titres 2010 et 2012, sans parvenir à faire tomber Sebastian Vettel.

Puis vient probablement le choix qui nourrit le plus la théorie de Rosberg : quitter Ferrari pour McLaren-Honda en 2015. Le mariage annoncé comme celui du siècle devient un chemin de croix. Et pendant qu’Alonso se débat au milieu du peloton, Mercedes empile les championnats. Le talent était là. La voiture beaucoup moins.

Rosberg ne critique pas Alonso pilote… bien au contraire

C’est là que la sortie du champion 2016 devient particulièrement piquante . Car Rosberg ne démonte absolument pas Alonso. Il le place au contraire parmi les références absolues de la discipline.

Il juge l’Espagnol toujours capable, à 45 ans, de performances que très peu de pilotes pourraient produire et estime qu’il demeure « l’un des meilleurs pilotes de tous les temps ». Il prend même Lance Stroll comme point de comparaison pour souligner le niveau qu’Alonso conserve aujourd’hui. Et les chiffres 2026 ne vont pas vraiment lui donner tort.

Aston Martin occupe actuellement la dernière place du championnat Constructeurs avec seulement trois points. Ils ont tous été inscrits par Alonso, grâce à sa dixième place à Monaco puis sa neuvième à Zandvoort. Lance Stroll reste à zéro.

Autrement dit, même avec une AMR26 qui transforme régulièrement les dimanches en séance de survie, le vieux lion trouve encore quelques miettes là où son équipier n’en trouve aucune.

2026 : et le mauvais choix de trop ?

Voilà néanmoins le détail qui donne à la déclaration de Rosberg une résonance presque cruelle. Alonso avait misé énormément sur Aston Martin et sur la révolution réglementaire 2026 : arrivée de Honda comme motoriste, Adrian Newey à la tête du projet technique, nouvelles règles… Sur le papier, le cocktail avait de quoi faire rêver. Sur la piste, il tourne pour l’instant au vinaigre.

Après treize Grands Prix, Alonso ne possède que trois points, aucun podium et aucune victoire. Aston Martin a connu des problèmes de poids, de vibrations, de fiabilité et de performance moteur, au point d’avoir vécu une première moitié de saison particulièrement douloureuse. À Monza encore, l’Espagnol est parti de la voie des stands avant d’abandonner après avoir endommagé sa voiture sur un vibreur. Stroll a également renoncé.

Pour un projet qui devait offrir à Alonso une dernière occasion de jouer devant, le contraste pique sérieusement.

Le plus ironique ? Alonso assure ne rien regretter

La carrière de Fernando Alonso pourrait presque être résumée par deux phrases qui se télescopent magnifiquement. Rosberg : il a choisi les mauvaises équipes.

Alonso : « I never regret anything. »

Cette dernière formule figure encore aujourd’hui sur son profil officiel de la Formule 1. Et finalement, tout Alonso est peut-être là. Parce qu’il serait également trop facile de réécrire vingt années de F1 avec les résultats sous les yeux. En 2014, qui pouvait garantir que Ferrari allait attendre encore longtemps avant de redevenir championne ? Qui pouvait prévoir l’ampleur du désastre McLaren-Honda ? Et lors de sa signature chez Aston Martin, l’association Newey-Honda avait tout d’un pari parfaitement défendable.

Rosberg juge avec ce luxe formidable que possède l’histoire : connaître la fin du film. Mais son constat reste difficile à balayer.

Le pilote d’une génération… avec le palmarès amputé ?

C’est peut-être même ce qui rend Alonso si fascinant. Schumacher, Hamilton ou Verstappen ont réussi à conjuguer immense talent et machine dominante pendant suffisamment longtemps pour bâtir des palmarès monstrueux. Alonso, lui, semble avoir passé une partie de sa carrière à arriver un peu trop tôt, repartir un peu trop vite ou frapper à la mauvaise porte. Deux titres restent deux titres. Trente-deux victoires restent trente-deux victoires. Mais cinq couronnes ? L’idée paraît vertigineuse.

Et lorsque Nico Rosberg, lui-même champion du monde après avoir battu Hamilton chez Mercedes en 2016, estime qu’Alonso aurait pu les obtenir « facilement », la remarque pèse un peu plus lourd qu’une conversation de comptoir.

À 45 ans, Fernando continue pourtant. Reuters rapportait encore la semaine dernière que son avenir au-delà de 2026 n’est pas tranché, alors que son contrat arrive à échéance et que l’Espagnol réfléchit à la suite

Alors, Alonso victime du destin ou architecte de ses propres occasions manquées ? Probablement un peu des deux.

Mais Rosberg vient de remettre un sacré bidon d’essence sur un débat vieux de quinze ans :

Fernando Alonso a peut-être été l’un des meilleurs pilotes de sa génération… tout en étant beaucoup moins doué pour choisir son garage que pour piloter ce qu’on lui mettait dedans.