Moto GP
Publié le 7 juillet 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Pourquoi la signature d’Ai Ogura par Yamaha est importante

Yamaha a mis la main sur Ai Ogura pour les prochaines années. Cette signature peut changer beaucoup de choses, et pas qu’en piste.

Ai Ogura Yamaha

Ai Ogura rejoindra donc Yamaha en 2027, comme c’était attendu. Mine de rien, il faut féliciter la firme aux diapasons qui réalise là un excellent coup ; Yamaha pourra se targuer de compter, parmi ses rangs, un pilote japonais tout à fait capable de relancer une dynamique positive dans le pays du soleil levant. Et ça sera peut-être sa plus grande mission. Analyse.

 

Une bonne dynamique

 

Je reparlerai demain de l’avenir de Jorge Martin en bleu, car la signature de ce dernier est indissociable de celle d’Ogura. Le nouveau duo est fort, et surtout, en forme ; rien à voir, par exemple, avec l’arrivée d’un Alex Rins déjà diminué début 2024, celle de Miguel Oliveira ou de Jack Miller. Ogura et Martin sont dans la fleur de l’âge et montrent, actuellement, qu’ils peuvent se battre pour un championnat du monde.

 

Ai Ogura Yamaha
Ogura est le premier vainqueur japonais en MotoGP depuis Makoto Tamada en 2004. Photo : Michelin Motorsport

 

Ça n’a l’air de rien, mais ça faisait au moins depuis le début de saison 2021 qu’Iwata n’a pas eu deux pilotes de ce calibre dans l’équipe d’usine, lorsque Maverick Vinales était associé à Fabio Quartararo. C’est donc positif, et ça montre aussi qu’ils ont de l’ambition. Cela se traduit également par la reprise du championnat Moto3 à partir de 2028, qui sera, pour rappel, une catégorie monotype uniquement constituée de 700cc Yamaha.

 

Ogura, le bon coup de Yamaha

 

Je ne vais pas beaucoup m’étendre sur Ogura, car, si vous lisez cette chronique, j’imagine que vous êtes au fait de ce qu’il se passe en piste. Ai fait évidemment partie des meilleurs pilotes du monde depuis le début de saison, et a même rejoint le club des vainqueurs de Grands Prix à Assen. On connaît tous ses qualités et ses défauts, qui semblent heureusement perfectibles.

Loin de moi l’idée de vouloir diminuer ses exploits, mais j’ai simplement l’impression qu’on surestime un peu Ogura. Oui, il est excellent, mais l’Aprilia RS-GP26 est une moto tout aussi excellente, sur laquelle sous-performent les officiels depuis le début de l’année, notamment Marco Bezzecchi. Je ne dis pas qu’il sera nulle part sur la Yamaha car on ne connaît pas encore la future hiérarchie des constructeurs, mais disons que le voir candidat au titre MotoGP (ou dans ces positions) m’étonnerait beaucoup. Il progresse vite, mais reste largement perfectible, là où les toutes dernières semaines laissent penser qu’il s’approche, justement, de la perfection. Attention à ce biais évident.

 

L’espoir du Japon

 

J’ai demandé à des amis japonais si la victoire d’Ai Ogura avait été mentionnée dans la presse généraliste nipponne le lendemain d’Assen. Et, oui, effectivement, il a eu quelques encarts rien que pour lui. Cependant, ils m’ont aussi assuré que les sports mécaniques n’étaient que peu représentés dans les médias traditionnels, et que la victoire de Toyota aux 24 Heures du Mans 2026, par exemple, n’avait pas vraiment fait un tabac.

Cela me conforte dans l’idée que le Japon n’est plus aussi intéressé qu’avant, que les problèmes de société se reflètent dans les paddocks. J’ai déjà longuement parlé de cette théorie, notamment dans cet article. Du coup, dans ce marasme – comparez le nombre de Japonais en Grands Prix aujourd’hui par rapport à la fin des années 1990 –, Ai Ogura représente un phare dans la nuit, l’espoir d’une nation autrefois glorieuse, et, en un sens, constamment humiliée depuis 2021.

 

Ai Ogura Yamaha
À Assen, les Aprilia étaient nettement supérieures au reste. Photo : Michelin Motorsport

 

Ogura représente donc plus qu’un pilote, donc les Japonais devaient tout faire pour l’avoir. Honda a laissé passer sa chance à l’époque, et pour cette raison, Yamaha a réalisé un choix très intelligent. S’il vient à performer, alors cela peut relancer une dynamique intéressante au Japon, et peut-être aider Yamaha, ainsi de suite. J’imagine facilement un cercle vertueux naître de la sorte, mais celui-ci ne peut débuter que par une bonne moto.

C’est exactement ce qui me fait peur. Je suis désolé, mais je peine à faire confiance à Yamaha. Les signaux renvoyés depuis 2021 (ingénieurs, direction, traitement des pilotes, choix stratégiques) me laissent pantois, et, malheureusement, j’ai souvent raison à propos de Yamaha quand je suis pessimiste. Je reparlerai bien sûr des chances de chaque marque en 2027, car tout peut se passer. Mais sachez qu’en l’état, je serais très surpris de voir Iwata de nouveau au sommet devant des marques qui, elles, sont au devant de l’innovation et ne réalisent que des excellents choix ces dernières années. L’histoire nous l’apprend : une révolution technique, aussi impactante soit-elle, ne change pas nécessairement la hiérarchie.

Mais il est encore tôt pour parler de ça, et puisque c’était le sujet de l’article avant que je ne digresse – toutes mes excuses –, la signature d’Ogura reste une très bonne décision, c’est au moins un pas dans la bonne direction.

Que pensez-vous de ce recrutement ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Yamaha n’a plus compté de japonais dans son équipe d’usine depuis Norifumi Abe en 1998. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport