F1 Moto GP
Publié le 2 août 2026 • 01:50 par Oléna Champlain

F1 – Verstappen choisit Valentino Rossi et laisse Marc Márquez sur le banc : en MotoGP, le « Docteur » reste le professeur

Max Verstappen choisirait Valentino Rossi comme mentor en MotoGP, devant Marc Márquez, preuve que le mythe du numéro 46 reste intact.

Invité à désigner l’entraîneur idéal pour guider sa carrière s’il redevenait enfant, Max Verstappen n’a pas choisi Marc Márquez pour le MotoGP. Le Néerlandais a préféré Valentino Rossi. Un verdict sans chronomètre ni commission de course, mais suffisamment révélateur : les titres peuvent s’accumuler, le numéro 46 continue d’occuper une place que les statistiques seules ne savent pas expliquer.

 

Rossi ou le choix de Verstappen

Max Verstappen n’a jamais été réputé pour envelopper ses réponses dans trois couches de diplomatie. Lorsqu’on lui a demandé quels champions il choisirait comme entraîneurs s’il devait recommencer sa carrière enfant, le pilote Red Bull a constitué une équipe particulièrement modeste : son père Jos pour la Formule 1, Arie Luyendyk pour l’IndyCar, Dale Earnhardt pour la NASCAR… et Valentino Rossi pour le MotoGP.

« Je prendrais probablement Valentino Rossi comme entraîneur », répond le Néerlandais dans la séquence diffusée par Red Bull Racing. Marc Márquez est évoqué comme une autre possibilité, mais le choix final revient bien au numéro 46.

Même lorsqu’il ne roule plus en Grand Prix, Rossi trouve donc encore le moyen de battre Márquez. Sans combinaison, sans Yamaha et sans avoir besoin de convoquer la Direction de course. Une efficacité remarquable.

Pour apprendre le MotoGP, Verstappen appelle le « Docteur »

Il ne faut évidemment pas transformer une réponse légère en classement officiel des plus grands pilotes de l’histoire. Verstappen ne désignait pas nécessairement le pilote le plus rapide sur une moto actuelle, mais celui auquel il confierait sa formation.

Et cette nuance rend justement son choix plus intéressant.

Pour enseigner la vitesse pure, Marc Márquez aurait constitué une candidature difficile à écarter. Son pilotage agressif, son talent pour contrôler une machine à la limite et son refus presque pathologique de renoncer correspondent assez bien au tempérament de Verstappen. Le site officiel du MotoGP a lui-même rapproché les deux champions en raison de leur ambition et de leurs styles offensifs.

Mais pour apprendre à devenir davantage qu’un pilote, le Néerlandais choisit Rossi.

Le « Docteur » ne s’est pas seulement construit un palmarès. Il a appris à gagner avec plusieurs générations de motos, à changer de constructeur, à lire ses adversaires, à entraîner une équipe derrière lui et à transformer chaque dimanche de course en représentation populaire. Dans l’esprit de Verstappen, le meilleur professeur n’est donc pas forcément celui qui freine le plus tard aujourd’hui, mais celui qui pourrait expliquer comment survivre vingt ans au sommet sans devenir un simple nom dans une feuille de temps.

Márquez apporte la méthode forte. Rossi propose manifestement le cursus complet.

Márquez n’est pas désavoué, seulement devancé par le mythe

Le choix de Rossi ne traduit pourtant aucune défiance de Verstappen envers Marc Márquez. Le pilote de Formule 1 a déjà affirmé qu’il suivait attentivement le MotoGP et qu’il essayait de regarder chaque course. Lors d’un entretien réalisé aux côtés de Márquez, il avait même estimé que l’Espagnol restait le meilleur pilote de la grille lorsque sa machine lui permettait d’exprimer pleinement son potentiel.

Autrement dit, Verstappen peut considérer Márquez comme la référence sportive actuelle tout en choisissant Rossi comme mentor.

La contradiction n’existe que pour ceux qui pensent qu’un entraîneur idéal doit nécessairement être le dernier champion disponible. Rafael Nadal n’aurait pas obligatoirement choisi le numéro un mondial du moment pour lui apprendre le tennis à cinq ans. Verstappen applique la même logique : pour entrer à l’école du MotoGP, il demande le professeur qui a contribué à construire l’établissement.

La petite préférence reste toutefois savoureuse compte tenu de l’histoire entre Rossi et Márquez. Plus de dix ans après leur guerre sportive et politique, le numéro 93 continue de se mesurer à l’héritage du numéro 46, jusque dans une question posée à un pilote de Formule 1.

Le duel de Sepang a pris sa retraite. Le débat, visiblement, refuse toujours de rendre son badge d’accès au paddock.

Rossi conserve une place que les chiffres ne suffisent pas à prendre

Valentino Rossi demeure le seul pilote à avoir remporté les championnats du monde en 125 cm³, 250 cm³, 500 cm³ et MotoGP. Il a également conquis cinq titres consécutifs dans la catégorie reine avant de retrouver le sommet en 2008 et 2009. Marc Márquez possède sa propre collection de records et a largement démontré qu’il pouvait dominer une époque. Mais Rossi représente autre chose : le pilote qui a dépassé les frontières du championnat pour devenir une référence dans l’ensemble du sport mécanique.

C’est probablement ce que révèle involontairement la réponse de Verstappen. Il ne choisit pas seulement une technique de pilotage. Il choisit une manière d’aborder la compétition, de construire un univers autour de soi et de conserver le plaisir de courir après que les trophées ont commencé à prendre la poussière.

La preuve : Rossi a quitté le MotoGP fin 2021, mais il n’a pas quitté la course. Le « retraité » poursuit une carrière automobile particulièrement sérieuse avec BMW et le Team WRT, tout en restant impliqué dans le championnat moto à travers son équipe VR46. À 47 ans, le professeur semble encore occupé à rédiger ses propres exercices.

Le futur élève pourrait bientôt devenir son adversaire

L’histoire devient encore plus intéressante lorsqu’on observe les trajectoires actuelles de Rossi et Verstappen.

L’Italien dispute des courses d’endurance au volant de la BMW M4 GT3 EVO. Lors des 24 Heures de Spa 2026, il a terminé sixième avec Dan Harper et Max Hesse après avoir momentanément occupé la tête de l’épreuve. Rossi a estimé que son équipage avait réalisé une course « proche de la perfection », tout en regrettant le manque de rythme nécessaire pour viser le podium.

Verstappen développe parallèlement ses propres activités en GT3. Il possède une structure engagée en compétition, a déjà couru sur la Nordschleife et prépare de nouvelles apparitions en endurance. Rossi s’en amuse d’ailleurs volontiers.

« J’ai un peu ouvert la porte, j’ai légèrement tracé le chemin », plaisantait-il en avril à propos de l’arrivée progressive de Verstappen dans l’univers du GT.

L’ancien pilote Yamaha ajoutait qu’il espérait pouvoir partager prochainement la piste avec lui. Le scénario est donc délicieux : Verstappen choisit Rossi comme entraîneur idéal en MotoGP, tandis que Rossi attend surtout de pouvoir l’affronter en automobile.

Le professeur ne semble pas particulièrement intéressé par les devoirs à corriger. Il préfère vérifier directement le niveau de l’élève au freinage.

Verstappen rêve toujours de MotoGP, mais Red Bull conserve les clés

Le Néerlandais ne cache pas sa fascination pour les deux-roues. Il a expliqué qu’il aurait pu tenter une carrière en MotoGP s’il avait possédé le talent nécessaire et a plusieurs fois exprimé le désir d’essayer une véritable machine de Grand Prix.

Red Bull a cependant déjà rejeté cette possibilité en jugeant l’exercice trop dangereux. L’équipe accepte volontiers que son pilote parle de MotoGP, rencontre ses champions et produise des vidéos avec eux. Le laisser monter sur une moto de plus de 300 chevaux constitue manifestement la limite entre une excellente publication sur les réseaux sociaux et une crise cardiaque collective dans les bureaux de Milton Keynes.

On comprend dès lors l’utilité de Rossi comme entraîneur. Sa première mission ne serait probablement pas de montrer à Verstappen comment gagner trois dixièmes dans un virage, mais de lui expliquer comment convaincre son employeur de le laisser quitter les stands.

Et sur ce sujet, même le « Docteur » risque d’avoir besoin d’une ordonnance très convaincante.

Rossi ne gagne plus en MotoGP, mais il continue de gagner les référendums

La réponse de Verstappen ne retire rien à Marc Márquez. Elle rappelle simplement que la grandeur sportive ne se mesure pas uniquement au nombre de victoires, de titres ou de records encore accessibles.

Márquez peut être le pilote que Verstappen observe pour sa vitesse et son agressivité. Rossi reste celui auquel il confierait son apprentissage.

C’est toute la différence entre un champion et une référence culturelle. Le premier domine une période. La seconde continue d’être choisie longtemps après avoir quitté la grille.

Valentino Rossi n’est plus candidat au titre mondial, ne pilote plus une MotoGP et n’a plus besoin de battre Márquez le dimanche. Il lui suffit désormais d’attendre qu’un quadruple champion de Formule 1 soit interrogé sur son professeur idéal.

Même à la retraite, le numéro 46 trouve encore des courses à gagner.